‹ Cours familier de Littérature - Volume 16Chapitre 93 sur 112 · XIV.

XIV.

Quelques années avant cette perte, il avait épousé, à Pau, Mlle Lydia Bunbury. C'était une jeune Anglaise, d'une candeur et d'une bonté modestes, qui lui assurait le bonheur; elle lui promettait aussi un jour une immense fortune.

Il jouit assez longtemps de cette fortune en espérance. Ses rêves d'or lui permettaient toutes les illusions de la bienfaisance. La perte irréparable d'un procès lui enleva tout. Il ne s'occupa qu'à consoler lui-même sa jeune femme.

Son angélique bonté, qui l'attacha à elle, lui tint lieu de tout; il n'avait point de dettes qui l'obligeassent à se dévouer à des créanciers; il avait des amis. Il avait l'estime et la gloire modeste de ses travaux auprès d'une épouse digne de son coeur; il fut pour elle ce qu'il avait été pour sa mère. Il la soigna malade jusqu'à la veille de sa propre mort. Elle connaissait toutes ses vertus, elle l'adorait: il l'aimait lui-même comme un enfant infirme. Il n'avait qu'une crainte, en se sentant atteint lui-même dans son principe de vie, c'était de mourir avant elle, et de la léguer à des mains étrangères. C'était comme une lutte de coeur à qui mourrait le premier. Quand elle fut morte, il y a quelques mois, il se sentit soulagé de son principal souci. Il attendit patiemment sa propre fin, qui ne pouvait tarder beaucoup.

J'ai compris, par moi-même, ce soulagement du coeur, quand Dieu daigne se charger du dépôt sacré que vous craignez de laisser après vous, sans affection et sans providence, ici-bas.

Que les âmes railleuses fassent une ironie de cette consolation du désespéré; Dieu qui la donne les juge: il suffit.