II.
Benvenuto Cellini, d'une famille bourgeoise et artiste de la Toscane, naquit en 1500. Mon père, dit-il, prit le même état d'_architecte_ que le sien; et comme, selon Vitruve, un bon architecte doit savoir bien dessiner, et un peu de musique, mon père apprit l'un et l'autre, et surtout à jouer de la flûte et de la viole. Il s'y appliqua d'autant plus qu'il ne sortait jamais de son logis. Il avait pour très-proche voisin un certain Étienne _Granaci_, qui avait plusieurs filles fort belles. Il plut à Dieu de le rendre amoureux d'Élisabeth, l'une d'elles, qui lui fut accordée, à cause de l'amitié qui régnait entre les deux familles. Les deux vieux pères parlèrent d'abord du mariage, ensuite de la dot. Il y eut cependant quelques petites difficultés à vaincre. André disait à Étienne: Jean mon fils est le plus brave jeune homme qui soit à Florence et en Italie, et je pourrais lui donner un des plus riches partis de Florence dans notre état. Étienne lui répondait: Vous avez raison; mais j'ai cinq filles et cinq garçons, et, mon compte fait, je lui donne pour dot tout ce que je puis lui donner. Mon père Jean, qui était caché près de là, et qui les écoutait, arriva à l'improviste, et s'écria: Ah! mon cher père, c'est Élisabeth que j'aime, et non sa dot! Malheur à ceux qui ne se marient que pour l'argent! Puisque vous vantez mes petits talents, croyez-vous qu'ils ne suffisent pas à l'entretien de ma femme? Je ne veux que votre consentement; donnez-moi Élisabeth, et gardez sa dot. À ce discours, André _Cellini_ se mit en colère, car il était un peu vif; mais, fort peu de jours après, il consentit au mariage. Mon père et ma mère s'aimèrent du plus saint amour pendant dix-huit ans, avec le plus grand désir d'avoir des enfants. Cependant, après ce long terme, ma mère fit une fausse couche de deux jumeaux, causée par l'ignorance des médecins. Depuis, elle devint grosse d'une fille, à laquelle la mère de mon père donna son nom de _Rose_. Deux ans après, ma mère devint encore grosse; et comme les femmes dans cet état sont sujettes à certaines envies, qui furent les mêmes que dans sa dernière grossesse, on crut qu'elle mettrait encore au monde une fille à laquelle on donnait d'avance le nom de _Reparata_, en l'honneur de la mère de ma mère. Celle-ci accoucha pendant la nuit de la Toussaint de l'année 1500. La sage-femme, qui savait que mes parents attendaient une fille, après avoir nettoyé l'enfant, et l'avoir enveloppé dans du beau linge bien blanc, alla tout doucement trouver mon père, et lui dit: Je vous apporte un présent que vous n'attendez pas. Mon père, qui était philosophe, lui répondit: Je prends avec plaisir ce que le ciel m'envoie; et, ayant soulevé le linge, il vit un fils qu'il n'attendait pas en effet. Ayant ensuite joint ses deux vieilles mains, et levant les yeux vers le ciel: Seigneur, dit-il, je te rends grâces de tout mon coeur; j'accepte avec joie le présent que tu me fais; qu'il soit le bienvenu! Toutes les personnes qui étaient présentes lui demandèrent, en le félicitant, quel nom il voulait donner à cet enfant? Qu'il _soit Bienvenu_, ce fut son prénom.