VIII. - IX.
Le roi cependant, à la sollicitation de Mme d'Étampes, lui reprocha de perdre son temps et son talent à faire pour d'autres des vases, des salières, des têtes, des portes, et de négliger les grands ouvrages qu'il lui avait commandés. Mme d'Étampes conseilla en riant au roi de le faire pendre, car, disait-elle, il l'avait bien mérité.
Benvenuto, mobile et mécontent, laissa à Paris son hôtel et ses ateliers à _Ascagne_, et partit pour l'Italie, en passant par Plaisance; il fut reconnu par le bâtard du pape Farnèse, _Pier Luigi_, et, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, il alla le voir. Je le trouvai à table, dit-il, avec les _Landi_, qui le tuèrent depuis. _Pier Luigi_ lui demanda pardon des persécutions qu'il lui avait fait subir à Rome sous le pape son père, et lui proposa de le garder à Ferrare pour travailler à l'embellissement de cette ville.
Or admirons, dit Cellini, la justice de Dieu, qui ne laisse rien d'impuni sur la terre. Cet homme sembla me demander pardon devant ceux qui peu de temps après me vengèrent, moi et tant d'autres qui avaient été assassinés par lui. Qu'aucun mortel, quelque grand qu'il soit, ne compte donc sur l'impunité de ses crimes. Je dirai dans son lieu que justice sera faite aussi de plusieurs de mes persécuteurs. Ce n'est point la vanité qui m'arrache ces tristes réflexions; je les fais pour rendre grâce à Dieu, dont la puissante protection ne m'a jamais manqué, parce que je l'ai toujours imploré au milieu de mes angoisses.
Ce mélange de scélératesse et de dévotion sincère donne à ce temps un caractère de pittoresque moral qui n'éclate jamais mieux que dans ce naïf scélérat.