‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 11 sur 122 · VII.

VII.

«Après son élection et son acceptation, le nouveau pape fut conduit à l'autel pour revêtir les ornements pontificaux. Pendant qu'il s'habillait, un des cardinaux qui, d'après la voix publique, avait tenté, dans la nuit précédente, d'entraver cette élection, fit un jeu de mots, avec la plus grande gaieté, au secrétaire du conclave, près duquel il s'était placé. Je ne veux pas l'oublier au milieu de ce récit. Il lui dit donc que, dans cette matinée, les cardinaux avaient prouvé que leur puissance était plus grande que celle du pape. Le secrétaire ne comprenant pas ce que signifiaient ces paroles, le cardinal continua: «Vous ne savez donc pas, Monseigneur, que les avocats romains, pour démontrer l'immense pouvoir du pape, disent qu'il peut faire _ex albo nigrum_. Ce matin, nous avons fait _ex nigro album_, ce qui est bien plus difficile, car pour que le blanc devienne noir, il faut très-peu.» Ce cardinal faisait allusion au changement de costume de Chiaramonti, qui, tout en étant cardinal, s'habillait de noir en sa qualité de bénédictin, et qui alors se revêtait de blanc comme pape.

«Après qu'on l'eut couvert des vêtements pontificaux, les cardinaux firent au nouveau pape l'adoration accoutumée, puis la chapelle fut ouverte et on admit les conclavistes à l'adoration, tandis que, de la loge, le plus ancien des cardinaux-diacres annonçait au peuple, aggloméré sur la petite place de l'île, l'exaltation du cardinal Chiaramonti au souverain pontificat, sous le nom de Pie VII.

«Cette nouvelle fut accueillie avec des transports d'allégresse. On ouvrit alors le conclave, et le peuple se vit admis au baisement des pieds. La foule était prodigieuse, et la joie causée par cette élection était vraiment universelle. Le pape sortit après dîner, et il alla processionnellement, avec le Sacré-Collége, à l'église, au milieu des plus vifs et des plus continuels applaudissements. Il fut placé sur l'autel, selon la coutume, et il reçut l'adoration publique des cardinaux et du peuple innombrable qui était accouru. Il retourna ensuite au couvent, où le conclave s'était assemblé.

«Je pourrais ici terminer ce récit, qui a pour objet l'histoire du conclave, car il finit avec l'élection du pape. Mais je ne crois pas devoir me dispenser de rapporter quelques-uns des faits relatifs au pape élu. Quoique postérieurs à l'élection, ils ont cependant corrélation avec elle en tant qu'ils servent de preuve à ce que j'ai avancé par rapport aux vues de la cour de Vienne sur le choix du nouveau pontife. Je n'ai pas, ainsi que je l'ai déclaré tout d'abord, de documents pour appuyer mes assertions.»