V
L'ère des mathématiciens succéda à l'ère des découvertes géographiques et à la découverte des télescopes: Kepler, Bacon, Galilée, Tycho-Brahé, Descartes, Newton, Leibnitz, surgirent.
Copernic, le révélateur du vrai système de l'univers, proclame hardiment le rôle central du soleil en face des préjugés bibliques et théologiques, et sous l'autorité morale du pape lui-même.
«L'homme que l'on peut appeler le fondateur du nouveau système du monde, car à lui appartiennent incontestablement les parties essentielles de ce système et les traits les plus grandioses du tableau de l'univers, commande moins encore peut-être l'admiration par sa science que par son courage et sa confiance. Il méritait bien l'éloge que lui décerne Kepler, quand, dans son introduction aux _Tables Rudolphines_, il l'appelle un libre esprit, «_vir fuit maximo ingenio, et, quod in hoc exercitio_ (c'est-à-dire dans la lutte contre les préjugés) _magni momenti est, animo liber_.» Lorsque Copernic, dans sa dédicace au pape, raconte l'histoire de son ouvrage, il n'hésite pas à traiter de conte absurde la croyance à l'immobilité et à la position centrale de la terre, croyance répandue généralement chez les théologiens eux-mêmes. Il attaque sans crainte la stupidité de ceux qui s'attachent à des opinions aussi fausses. Il dit que «si jamais d'insignifiants bavards, étrangers à toute connaissance mathématique, avaient la prétention de porter un jugement sur son ouvrage, en torturant à dessein quelque passage des saintes Écritures (_propter aliquem locum Scripturæ male ad suum propositum detortum_), il méprisera ces vaines attaques. Tout le monde sait, ajoute-t-il, que le célèbre Lactance, qu'on ne peut prendre à la vérité pour un mathématicien, a disserté d'une manière puérile sur la forme de la terre, et s'est raillé de ceux qui la regardaient comme un sphéroïde; mais, lorsqu'on traite des sujets mathématiques, c'est pour les mathématiciens qu'il faut écrire. Afin de prouver que, quant à lui, profondément pénétré de la justesse de ses résultats, il ne redoute aucun jugement, du coin de terre où il est relégué, il en appelle au chef de l'Église et lui demande protection contre les injures des calomniateurs. Il le fait avec d'autant plus de confiance que l'Église elle-même peut tirer avantage de ses recherches sur la durée de l'année et sur les mouvements de la lune.» L'astrologie et la réforme du calendrier furent longtemps seules à protéger l'astronomie auprès des puissances temporelles et spirituelles, de même que la chimie et la botanique furent, dans le principe, entièrement au service de la pharmacologie.
«Le libre et mâle langage de Copernic, témoignage d'une conviction profonde, contredit assez cette vieille assertion, qu'il aurait donné le système auquel est attaché son nom immortel, comme une hypothèse propre à faciliter les calculs de l'astronomie mathématique, mais qui pouvait bien être sans fondement. «Par aucune autre combinaison, s'écrie-t-il avec enthousiasme, je n'ai pu trouver une symétrie aussi admirable dans les diverses parties du grand tout, une union aussi harmonieuse entre les mouvements des corps célestes, qu'en plaçant le flambeau du monde (_lucernam mundi_), ce soleil qui gouverne toute la famille des astres dans leurs évolutions circulaires (_circumagentem gubernans astrorum familiam_), sur un trône royal, au milieu du temple de la nature.» L'idée de la gravitation universelle ou de l'attraction (_appetentia quædam naturalis partibus indita_) qu'exerce le soleil, comme centre du monde (_centrum mundi_), paraît aussi s'être présentée à l'esprit de ce grand homme, par induction des effets de la pesanteur dans les corps sphériques. C'est ce que prouve un passage remarquable du traité _de Revolutionibus_, au chapitre 9 du livre premier.»