VI
Cependant le télescope découvert par le _hasard_ en Hollande, en 1608, opérait ses miracles de grossissement et de rapprochement. Galilée s'en servait déjà à Venise; Kepler constate que toutes les étoiles sont autant de soleils entourés, comme le nôtre, de leurs planètes.
Ici finit le second volume, qui ne mérite le nom de _Cosmos_ qu'à la fin, quand l'auteur se relève de la misérable contemplation littéraire des écrivains les plus modernes sur la vague nature à sa pensée astronomique, dont la grandeur grandit tout et le contemplateur lui-même.
Le troisième volume recommence encore l'astronomie.
Il rencontre par accident le Dieu créateur du monde dans une phrase d'Anaxagore de Clazomène. «Ce philosophe astronome s'élève de l'hypothèse des forces motrices de la nature à l'idée d'un grand esprit moteur et régulateur de tout esprit de matière.» Mais, un peu plus tard, lorsque la physiologie ionienne eut pris un nouveau développement, Anaxagore de Clazomène s'éleva de l'hypothèse des forces purement motrices à l'idée d'un esprit distinct de toute espèce de matière, mais intimement mêlé à toutes les molécules homogènes. «L'intelligence ([Grec: nous]) gouverne le développement incessant de l'univers; elle est la cause première de tout mouvement et par conséquent le principe de tous les phénomènes physiques. Anaxagore explique le mouvement apparent de la sphère céleste, dirigée de l'Est à l'Ouest, par l'hypothèse d'un mouvement de révolution général dont l'interruption, comme on l'a vu plus haut, produit la chute des pierres météoriques. Cette hypothèse est le point de départ de la théorie des tourbillons qui, après plus de deux mille ans, a pris, par les travaux de Descartes, de Huyghens et de Hooke, une si grande place entre les systèmes du monde. L'esprit ordonnateur qui, selon Anaxagore, gouverne l'univers, était-il la Divinité elle-même, ou n'était-ce qu'une conception panthéistique, un principe spirituel qui soufflait la vie à toute la nature? C'est là une question étrangère à cet ouvrage.»
Peut-on plus clairement proscrire la seule idée raisonnable? Reléguer l'auteur de son âme et, pour éviter de nier Dieu, l'écarter de l'univers? N'est-ce pas le mot de Laplace ou d'Arago: «Je n'ai rencontré Dieu nulle part, et cette hypothèse ne m'a été nulle part nécessaire.» Illustres éblouis qui ne le rencontrez nulle part que parce qu'il est partout!...