‹ Cours familier de Littérature - Volume 20Chapitre 52 sur 77 · V.

V.

On connaît Goethe, le Voltaire et le Cuvier allemand dans un même homme, le créateur de la lumière, l'idolâtre de l'art! Il a écrit ses mémoires; il fut constamment heureux. Son tempérament moral était composé, par moitiés égales, de réflexion froide pour les choses et d'enthousiasme ardent pour les lettres, les arts et même pour les sciences. Il naquit à une époque où la philosophie française passionnait l'Allemagne et où les excès de la révolution repoussaient les coeurs. Il s'était fixé jeune à Weimar. L'amitié du grand-duc et de la grande-duchesse Amélie l'avait élevé, par l'affection, au rang de principal conseiller de cette cour athénienne et de directeur du théâtre et du ministère. Jamais sa faveur, dont il usait modérément, ne subit d'éclipse. Il semblait régner du droit divin du génie. La poésie était son titre; ceux qu'il n'aurait pu soumettre, il les charmait par l'excès de confiance en lui-même; il ne jalousait personne. Les premiers écrivains ou poëtes de l'Allemagne étaient à lui. Il découvrit dans un livre un jeune homme pauvre et souffrant, le seul rival que la nature pouvait lui opposer, Schiller; il l'appela à Iéna, puis à Weimar, tourna sur lui l'amitié du grand-duc, travailla en commun avec lui, en fit son frère, et lui prêta la moitié de son génie. Schiller mort, Goethe le pleura toute sa vie. Jamais une si sincère confraternité n'avait uni deux âmes d'hommes de lettres. En 1792, Goethe suivit, par dévouement monarchique, le duc de Weimar dans la campagne des Prussiens contre la France; après la paix, il passa à Bruxelles et revint vivre à Weimar. Il se maria; il eut un fils dont ces conversations nous entretiennent. Il lui fit épouser une jeune fille charmante et tendre qui fut pour lui comme une seconde jeunesse en son coeur. Il les perdit. Ses deux petits-enfants jouèrent avec ses cheveux blancs.