‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 122 sur 192 · LXX

LXX

Mais nous eûmes bien du malheur une fois, pour la trop grande beauté de Fior d'Aliza. Il arriva une bande de jeunes messieurs de Lucques qui allaient par curiosité, car vous allez voir que ce n'était pas par dévotion, au pèlerinage des Camaldules. Le malheur voulut que, dans ce moment-là, la petite sortait de laver les agneaux dans le bassin d'eau sombre, où vous voyez reluire le ciel bleu au milieu des joncs fleuris, au fond du pré, sous les lauriers; elle s'essuyait les pieds, debout, avec une brassée de feuilles de noisetier, avant de remonter vers la cabane; sa chemise, toute mouillée aux bras et collant sur ses membres, n'était retenue que par la ceinture de son court jupon de drap rouge, qui ne lui tombait qu'à mi-jambes; ses épaules nues, partageant en deux ses tresses déjà longues et épaisses de cheveux, qui reluisaient comme de l'or au soleil du matin; elle tournait çà et là son gracieux visage et riait à son image tremblante dans l'eau, à côté des fleurs, ne sachant pas seulement qu'un oiseau des bois la regardait.