‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 121 sur 192 · LXIX

LXIX

--Ah! c'étaient de bons moments, monsieur, et puis je lui répondais ensuite sur tout ce qu'il me demandait de mon pauvre et beau Hyeronimo, le vrai portrait en force de sa cousine en grâce: comme quoi sa taille dépassait de la main la tête de la jeune fille, comme quoi ses cheveux moins bouclés étaient noirs comme les ailes de nos corneilles sur la première neige; comme quoi son front était plus large et plus haut, ses joues plus pâles et plus bronzées par le soleil; ses yeux aussi fendus, mais plus pensifs sous ses sourcils; sa bouche plus grave, quoique aussi douce; son menton plus carré et plus garni de duvet; son cou, ses épaules, sa taille plus formés.

--As-tu vu saint Sébastien tout nu, attaché à son tronc d'arbre, percé de flèches, avec des filets de sang qui coulent sur sa peau lisse et brune?

--Oui.

--Eh bien! on dirait mon fils quand sa chemise ouverte laisse voir ses côtes et qu'il s'appuie au châtaignier, en s'essuyant le front, au retour de l'ouvrage. J'ai bien vu des hommes, à la foire de Lucques et sur le quai de Livourne, déchargeant des felouques, mais je n'en ai point vu d'aussi beau, d'aussi fort, quoique aussi délicat; c'est tout mon pauvre mari quand il partit, si peu de jours après m'avoir courtisée, pour ces fatales moissons des Maremmes!

Et voilà comme nous abrégions les dimanches à nous réjouir dans nos deux enfants, et tous les pèlerins qui passaient en montant aux Camaldules s'arrêtaient pour respirer sous le châtaignier de la montagne et disaient: «Le ciel vous a bien bénis! il n'y a rien de si beau qu'eux à la ville.»