‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 142 sur 192 · XCI

XCI

Dès qu'il fit jour, nous sortîmes tous ensemble, y compris les bêtes et le chien; nous allâmes reconnaître de l'oeil, aux beaux premiers rayons du soleil d'été rasant les montagnes, dont il semblait balayer les longues ombres et sécher la rosée, le dommage que la journée de la veille nous avait fait.

Hélas! qu'on nous en avait pris long, et qu'il nous en restait peu. Comme _Jephté_, dans la Bible, monsieur, qu'on dit qui alla se pleurer elle-même sur les collines, nous ne pûmes nous empêcher de nous pleurer nous tous: Fior d'Aliza, sur son beau pré vert et sur les bords fleuris de son bassin au bord de la grotte, dont elle aimait tant la chute de la source, gaie et triste, dans le bassin; Hyeronimo, sur ses tiges presque mûres de maïs, dont il embrassait des lèvres les plus belles quenouilles en leur disant adieu dans sa pensée; Magdalena, dans la plantation des mûriers dont les feuilles ne gonfleraient plus son tablier pour les rapporter à ses petites bêtes fileuses comme elle; moi, sous le châtaignier qu'on nous avait coupé en quatre sur le papier, dont nous n'aurions plus que l'ombre d'un côté, et ce que l'automne fait tomber par charité sur notre herbe, et dont je n'aurais pas même une branche en toute propriété, à moi, pour m'y tailler une bière!