‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 23 sur 192 · XXIII

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Aussi était-il et est-il resté le génie le plus incontesté de son siècle, et peut-être de tous les siècles modernes au-delà du Rhin et même en deçà. Nous avons prouvé qu'excepté sous le rapport de l'esprit épistolaire et de la grâce légère des poésies fugitives, Voltaire lui-même ne pouvait supporter la comparaison avec l'auteur de _Faust_. Fénelon était aussi politique, mais moins pratique; il transportait ses rêves dans la réalité; son chef-d'oeuvre n'est qu'une utopie; il n'a rien à comparer à Goethe. Bossuet est plus orateur, mais c'est l'orateur de la force, avec un Dieu au-dessus et un despote armé derrière lui; de plus, ni l'un ni l'autre n'étaient poëtes, ils parlaient la langue de la prose à laquelle manque l'âme de la parole, la mélodie. Corneille était aussi fort, mais pas aussi divin; Racine, moins philosophe et moins original. Nous ne parlons pas des vivants. En Angleterre, Shakspeare seul est plus abondant, mais moins profond et moins parfait. Byron est aussi poëte, mais moins sensé; c'est le délire de la versification à qui la lyre sert de jouet, le coeur humain de victime, et Dieu lui-même de dérision. Shakspeare seul est aussi vaste et aussi dramatique; mais, bien qu'il s'étende plus large, il est loin de s'élever aussi haut. Il a Falstaff, il a Méphistophélès; mais ni Marguerite sur la terre, ni Faust entre le ciel et l'enfer: il improvise mieux, il est moins réfléchi. Il n'a pas poursuivi pendant cinquante ans, dans les deux mondes terrestre et céleste, à travers les abîmes de l'esprit humain, les mystères d'un drame surnaturel; il est plus homme; il est moins dieu!

Des scènes telles que celle de _Faust_ ne se trouvent ni dans le Dante, ni dans le Tasse, ni dans Virgile même. Cela n'existait pas dans ce monde avant l'épopée dramatique de Weimar. L'Allemagne a attendu longtemps, mais sa patience a été récompensée par la plus belle oeuvre théâtrale de tous les temps.