‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 33 sur 192 · IX

IX

C'est parmi les opuscules de Gerson, déposés à Avignon après sa mort, qu'on découvre le manuscrit des _Consolations internes_ contenant les trois premiers livres de l'_Imitation_, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas monacal dans cet ouvrage. On ignore quel est le moine qui écrivit cette partie évidemment détournée du sujet de l'ouvrage, qui était humain et nullement cénobitique. Gerson, appelé dans toutes les éditions du temps auteur de l'_Imitation_, n'écrivit jamais pour une secte, mais pour le genre humain. Il ne songea pas à faire du _pain de vie_ un aliment privilégié de quelques moines. Il écrivait pour l'homme et non pour une exception de l'homme. Non-seulement ses oeuvres, mais sa vie entière, l'attestent. C'était un des hommes les plus complets qui eussent jamais existé. Il devint saint en s'exerçant et en vieillissant, mais ses pensées répondaient toutes et toujours à la magnanimité de son âme; rien de ce qui était petit n'allait à ses proportions. Ses moindres opuscules étaient vastes: la vérité est universelle. La philosophie chrétienne, dont ce livre est le monument, ne pouvait pas se restreindre à la cellule d'un cénobite.