‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 42 sur 192 · XVIII

XVIII

«Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont, et non d'après les discours et l'opinion des hommes, est vraiment sage, et c'est Dieu qui l'instruit plus que les hommes.

«Celui qui vit au-dedans de lui-même et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous les lieux lui sont bons et tous les temps, pour remplir ses pieux exercices.

«Un homme intérieur se recueille bien vite, parce qu'il ne se répand jamais tout entier au dehors.

«Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps, ne le troublent point; mais il se prête aux choses selon qu'elles arrivent.

«Celui qui a établi l'ordre au-dedans de soi, ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien ou de mal dans les autres.

«L'on a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée soi-même.

«Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à votre bien et à votre avancement.

«Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même, et séparé des choses de la terre.

«Rien n'embarrasse et ne souille le coeur de l'homme, que l'impur amour des créatures.

«Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les choses du ciel, et goûter souvent les joies intérieures.»

L'âme se console de n'être pas consolée. C'est le chef-d'oeuvre de l'abnégation!