‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 9 sur 192 · IX

IX

Il parle de Béranger, dont il était précédemment un fanatique et systématique enthousiaste, chose bien extraordinaire dans l'auteur de _Marguerite_:

«Nous parlâmes alors de l'emprisonnement de Béranger. Goethe dit:

«Ce qui lui arrive est bien fait. Ses dernières poésies sont sans frein, sans mesure, et ses attaques contre le roi, contre le gouvernement, contre l'esprit pacifique des citoyens, le rendent parfaitement digne de sa peine. Ses premières poésies, au contraire, étaient gaies, inoffensives et excellentes pour rendre un cercle d'hommes joyeux et content, ce qui est bien la meilleure chose que l'on puisse dire de chansons. Je suis sûr que son entourage a exercé sur lui une mauvaise influence et que, pour plaire à ses amis révolutionnaires, il a dit bien des choses qu'autrement il n'aurait jamais dites.»

C'était dur, mais malheureusement fondé. Béranger, que j'ai beaucoup connu et aimé dans nos derniers jours, était, selon moi, mille fois supérieur comme homme à ce qu'il était comme poëte. Il faut aimer le pauvre peuple, mais non flatter ses caprices. Pelletan a été sévère, mais injuste envers lui sous ce rapport. Il ne l'avait pas assez connu. On écrit d'après un système, il faut connaître son sujet. Un Aristophane français délayant la ciguë que la multitude hébétée fait boire à Socrate, un Camille Desmoulins qui raille jusqu'à la mort et qui pleure le supplice des Girondins, voilà Béranger poëte; mais un homme excellent et spirituel contre lui-même, voilà le vrai Béranger.