‹ Cours familier de Littérature - Volume 22Chapitre 20 sur 142 · CLXIV

CLXIV

Seigneur! me disais-je, si c'était lui, pourtant, et si le hasard, ou le saint nom du hasard, le bon Dieu, nous avait rapprochés ainsi, dès le second jour, l'un de l'autre, pour nous secourir ou pour mourir du moins ensemble du même déchirement et de la même mort!...

Mais c'est impossible, et quel moyen de m'en assurer? Comment connaître si c'est lui qui se torture là-bas, au fond, dans la loge de bêtes féroces; comment lui faire savoir, sans nous trahir l'un l'autre à l'oreille des autres prisonniers ou du _bargello_, que je suis là, tout près de lui, cherchant les moyens de l'assister?

Ma voix n'irait pas jusqu'à ces profondeurs; la sienne ne monterait pas jusqu'à ces hauteurs; et puis, si nous parvenions à nous parler, tout le monde entendrait ce que nous nous serions dit, et le _bargello_ et sa femme, si bons pour moi parce qu'ils ne me connaissent pas, ne manqueraient pas d'éventer qui je suis et de me jeter dehors comme une fille perdue et mal déguisée, qui cherche à se rejoindre à son amant ou à son complice.

Et je pleurai encore, muette, devant la lucarne où il n'entrait plus du dehors que la sombre et silencieuse nuit. Les chouettes seulement s'y battaient les ailes en jetant de temps à autre des vagissements d'enfants qu'on réveille.

Vous me croirez si vous voulez, monsieur, eh bien! je leur portais envie; oui, j'aurais voulu être oiseau de nuit pour pouvoir déployer mes ailes sur ce gouffre et jeter mes cris en liberté dans ce silence!