I
Après que ce voyageur parfait a puissamment éveillé et satisfait la curiosité de l'Europe sur ces merveilleuses terres des califes, des contes et des _Mille et une Nuits_, il passe à la religion, à l'histoire et aux moeurs. La religion, étudiée par lui dans ses détails, est un code complet de l'islamisme persan et du schisme qui le distingue du mahométisme orthodoxe des Turcs. Un volume entier n'y suffit pas. C'est plutôt un livre de théologie à l'usage des mahométans que des chrétiens. Mais, à cette époque, c'était moins connu qu'aujourd'hui des Européens, et on lui pardonne cette longueur sur un schisme qu'on connaissait mal de son temps.
Mais, revenant sur son sujet, il fait une description détaillée d'Ispahan, capitale de la Perse, qu'il habita cinq ans; il donne pour cela la parole à tous les quartiers et à tous les monuments de cette grande ville, racontant leur histoire anecdotique comme s'ils vivaient et parlaient encore. Aucune ville ne fut aussi complétement décrite que celle-là. Son histoire est l'histoire de ses habitants; nous allons en citer les plus remarquables passages. On pourrait après cela se promener dans Ispahan, comme dans Paris ou Londres.