‹ Cours familier de Littérature - Volume 25Chapitre 1 sur 102 · III

III

Aussi, au premier moment, l'acceptation du livre fut complète. Nul n'osa s'inscrire en faux contre Macpherson. Mais, après un certain nombre d'années muettes, l'incrédulité commença à insinuer ses doutes et bientôt à nier. Le fameux docteur Johnson se signala par la vivacité de ses attaques. Macpherson ne répondit que par le dépôt des manuscrits; Césarotti, intéressé plus que personne à vérifier les titres de sa gloire, publia en 1807, _ses discours critiques sur l'authenticité des chants d'Ossian_: «Un poëte, dit-il, qui sous le nom d'Ossian, a su se rendre célèbre et immortel comme un homme de génie, n'aurait-il pas d'abord donné dans sa langue usuelle des essais éclatants de son mérite poétique?

«M. Campbell, auteur d'un ouvrage savant et classique, regarde comme hors de doute que les poëmes attribués à Ossian existaient, et étaient généralement connus dans la haute Écosse avant que Macpherson essayât pour la première fois de les traduire; qu'ils n'étaient de son invention ni dans leur entier ni dans leurs parties principales; qu'ils n'étaient nullement le produit d'une fraude littéraire, mais que le traducteur, aidé de quelques coopérateurs, les avait recueillis et arrangés dans une forme systématique, et les avait ainsi traduits et offerts au public. Revenons maintenant aux faits.

«Dès 1762, l'année même de la publication des premières poésies d'Ossian, traduites par Macpherson, le savant et judicieux docteur Blair en soutint, dans une dissertation publique, le mérite extraordinaire et l'authenticité. Il donna, deux ans après, de nouveaux développements à son ouvrage, et y joignit un appendice contenant les nombreux témoignages dont cette authenticité était appuyée; témoignages tels, qu'il faudrait croire qu'une foule d'honnêtes gens d'un caractère grave et d'un esprit éclairé avaient renoncé à leur probité et à leurs lumières, ainsi que le docteur Blair lui-même, pour soutenir un mensonge?»