‹ Cours familier de Littérature - Volume 25Chapitre 2 sur 102 · IV

IV

Il existe en Écosse une Académie ou Société, sous le titre de _Highland Society_, dont les travaux ont pour objet tout ce qui regarde les antiquités, l'histoire et la littérature écossaises. Cette Société ne pouvait rester neutre dans une question de cette nature: aussi y a-t-elle pris part, mais de la manière qui convient à une compagnie savante. Elle a chargé une commission, formée dans son sein, de faire dans le pays même les recherches les plus exactes sur l'authenticité des poésies d'Ossian, et sur tout ce qui peut éclairer la discussion élevée à leur sujet. La commission s'est livrée avec la plus grande activité à ce travail, et elle en a publié le résultat à Edimbourg en 1805, dans un rapport rédigé par M. Henri Mackensie, son président, et adressé à la Société même.

La Société écossaise y conclut:

1º Que les chants d'Ossian sont d'une antiquité et d'une authenticité incontestables;

2º Qu'à une époque de l'histoire très-reculée, les montagnes de l'Écosse virent naître un barde, ou poëte populaire, dont les oeuvres rendirent le nom immortel et dont le génie n'a été surpassé par aucun moderne ou même ancien émule.

L'enquête de cette commission fut décisive. Elle fit faire elle-même une magnifique édition de ces poëmes reconnus ossianiques.

Après cela, que Macpherson ait profité de sa découverte pour élaguer quelques imperfections, compléter quelques lacunes et composer même quelques poëmes dans le même mode de style et d'images sur des données fugitives, on n'en saurait guère douter; mais le caractère de Macpherson, malgré sa jalouse partialité pour son oeuvre, était trop religieux pour s'obstiner à une supercherie si contraire à la vérité et démentie par tant de témoignages pendant la durée de plus d'un siècle.

Lorsque Macpherson, dégoûté de cette controverse ingrate, renonça à la littérature et se retira dans la politique, il fut nommé agent du nabab d'Ariat, et fit une fortune immense au service de ce souverain oriental; il mourut en 1796, sans avoir confessé son prétendu mensonge, et tout occupé encore, quoique mollement, de publications _ossianiques_. Il laissa par testament 5,000 fr. de legs à la Société écossaise pour achever cette grande publication justificative, et pour perpétuer sa mémoire.

Voilà la vérité sur la nature de ces monuments; cherchons-la maintenant dans ces monuments eux-mêmes. On verra qu'on ne pouvait ni les inventer ni les contrefaire. On ne contrefait pas le génie. Ossian est plein de génie. Il y a deux poésies dans le monde, comme il y a deux parties du jour. Homère est la poésie de la lumière, Ossian est la poésie de la nuit. L'un a la clarté et la sérénité de la Grèce, l'autre a les ténèbres et les fantômes de l'Écosse. Mais, pour exprimer la nature entière, l'un n'est pas moins nécessaire que l'autre; la pleine lumière est le jour d'Homère, l'ombre et les nuages sont le crépuscule d'Ossian. Les climats donnent leur teintes au génie: Homère est la limpidité azurée des montagnes de l'archipel de l'Ionie; Ossian est le nuage flottant de l'archipel des Hébrides. Lisons: