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Les rapports passionnés que Laurent établit entre la Grèce et l'Italie, les livres dont il enrichit sa patrie, les hommes célèbres auxquels il offrit un asile, furent le signal de la _Renaissance_, époque brillante où un monde moral nouveau sort tout à coup d'un monde qui s'éteint.
Politien chantait ce que Laurent faisait. Son Ode à Horace égale son modèle et rend à Laurent l'honneur de cette résurrection:
«Poëte dont les accents sont plus doux que ceux du chantre de la Thrace; soit qu'épris d'admiration, les fleuves impétueux suspendent leur course pour t'entendre; soit que tu veuilles, par le charme de tes accords, adoucir la férocité des hôtes des bois, ou attendrir les rochers mêmes qui leur servent d'asile;
«Rival heureux des poëtes de l'Eolie, toi qui le premier sus tirer des sons harmonieux de la lyre latine, dont le vers audacieux et sévère imprima l'opprobre et la honte sur le front coupable des pervers,
«Quelle main propice a rompu tes indignes entraves, et, dissipant le nuage épais et sombre où t'avaient enseveli des siècles de barbarie, te rend aux danses légères paré de toutes tes grâces, et brillant d'une jeunesse nouvelle?
«Le temps destructeur t'avait couvert de ses ombres affreuses; la triste vieillesse s'était appesantie sur toi, et voici que tu reparais à nos yeux avec un visage aimable et riant, le front ceint de fleurs odorantes!
«Ainsi, lorsque le printemps, succédant aux glaces de l'hiver, rend à la terre sa brillante parure, on voit le serpent, quittant son ancienne dépouille, étaler avec joie sa robe éclatante aux yeux de l'astre du jour;
«Ainsi Landino, ce digne émule de la gloire des anciens, t'a rendu ta grâce et les doux accords de ta lyre; tel on te vit sous les frais ombrages de Tibur faire résonner les cordes de ton luth harmonieux.
«Livre-toi maintenant aux doux plaisirs et aux jeux folâtres; tu peux te mêler aux danses légères de la jeunesse, ou amuser les jeunes filles par tes aimables chansons.»