‹ Cours familier de Littérature - Volume 26Chapitre 101 sur 120 · IV

IV

Sa veuve, Marie de Lorraine, privée de la régence par la jalousie des grands du royaume, la reconquit par son habileté et laissa gouverner, sous elle, des cardinaux, ministres habituels des trônes à cette époque. Sa fille lui était demandée par toutes les cours, non-seulement à cause de sa renommée précoce de génie et de beauté, mais surtout pour acquérir par un mariage avec elle un titre à la couronne d'Écosse, adjonction vivement convoitée à d'autres couronnes. Après un voyage en Lorraine et en France pour visiter les Guise, ses oncles, la reine se décida, par leur conseil, à fiancer sa fille au dauphin, fils de Henri II. Diane de Poitiers, l'Aspasie de ce siècle, gouvernait depuis vingt ans Henri II par l'amour qu'elle avait pour lui autant que par l'amour qu'il avait pour elle. On ne sait, en effet, lequel du roi ou de la maîtresse était le plus possédé ou le plus possédant des deux, tant ce sortilége de la passion d'un roi jeune pour une femme de cinquante ans était le miracle de la tendresse. Les Guise cultivaient Diane de Poitiers pour dominer le règne.

La reine d'Écosse, par leur conseil, laissa sa fille enfant au château de Saint-Germain, sous leur protection, pour y grandir dans l'air de la France, sur laquelle elle était destinée à régner un jour. «Votre fille est crûe et croît tous les jours en bonté, beauté et vertus, écrit le cardinal de Lorraine, son oncle, à la reine d'Écosse, après son retour d'Édimbourg; le roi passe bien son temps à deviser avec elle. Elle le sait aussi bien entretenir de bons et sages propos comme ferait une femme de vingt-cinq ans.» L'éducation toute lettrée et tout italienne de la jeune Écossaise achevait, en effet, tout ce qu'avait en elle ébauché une riche nature. Le français, l'italien, le grec, le latin, l'histoire, la théologie, la poésie, la musique, la danse se partageaient, sous les plus savants maîtres et sous les plus grands artistes, ses études. Dans cette cour raffinée et voluptueuse des Valois, gouvernée par une favorite, on l'élevait plutôt en courtisane accomplie qu'en reine future. On semblait moins préparer au dauphin une épouse qu'une maîtresse. Les Valois étaient les Médicis de la France.