‹ Cours familier de Littérature - Volume 26Chapitre 100 sur 120 · III

III

Où était, en effet, le vrai et permanent danger de l'Écosse? Il était dans le voisinage, dans l'ambition et dans la puissance de l'Angleterre. L'Écosse, une fois protestante, comme l'était, depuis Henri VIII, l'Angleterre, un des grands obstacles à l'absorption de l'Écosse par l'Angleterre disparaissait avec la différence de religion; le catholicisme était une partie du patriotisme écossais; l'y tuer dans les esprits, c'était tuer la patrie dans le coeur du peuple.

De plus, l'Écosse, sans cesse menacée de domination ou d'envahissement par l'Angleterre, avait besoin de puissantes alliances étrangères, en Europe, pour l'aider à conserver son indépendance et pour lui fournir l'appui moral et l'appui matériel nécessaires pour contre-balancer l'or et les armes des Anglais. Quelles étaient ces alliances sur le continent? La France, l'Italie, le pape, l'Espagne; elle ne vivait que de ces patronages imposants; là étaient ses parentés, ses vaisseaux, son or, sa diplomatie, ses armées auxiliaires. Or, toutes ces puissances, l'Italie, l'Espagne, la France, la maison d'Autriche, la maison de Lorraine avaient adopté avec fanatisme la cause du catholicisme contre les nouveautés. L'inquisition régnait à Madrid, la Saint-Barthélemy couvait en France; les Guise, oncles de Marie-Stuart, étaient le noeud de la Ligue qui allait proscrire Henri IV du trône pour soupçon d'hérésie. La communauté de religion pouvait donc seule coïntéresser les papes, l'Italie, l'Autriche, la France, la Lorraine à maintenir à main armée l'indépendance de l'Écosse. Le jour où elle cessait de faire partie du grand système catholique constitué sur le continent, elle tombait à la mer, elle n'avait plus pour alliée que son ennemie mortelle et naturelle, l'Angleterre. Nous ne parlons pas religion; mais, sous le rapport politique, pour Jacques V, s'allier au protestantisme, c'était s'allier à la mort. Le reproche de M. Dargaud à ce roi mourant nous paraît donc une erreur d'homme d'État, expliqué par une préoccupation qui est aussi la nôtre pour la liberté religieuse. Mais la liberté religieuse alors en Écosse n'était ni dans un camp ni dans l'autre. On tuait des deux côtés avec une égale férocité, et Knox, le bourreau des catholiques, n'était pas moins intolérant que le cardinal Beatoun, le proscripteur des puritains. Les rois n'avaient que le choix du sang, mais les fanatiques des deux communions leur demandaient de le répandre. La question était donc purement, pour eux, diplomatique. Nous croyons qu'en confiant sa fille à l'Europe catholique, Jacques V agissait en père et en roi prévoyant. Si la fortune trompa sa politique et sa tendresse, ce fut la faute de l'héritier et non la faute du testament.