‹ Cours familier de Littérature - Volume 26Chapitre 109 sur 120 · XII

XII

Darnley parut à Holyrood et enleva tous les yeux par son incomparable beauté. Cette beauté seulement, qui n'était pas encore accomplie par l'âge, manquait de cette virilité que donnent les années. Il y avait de l'adolescent dans son visage et de la femme dans sa taille, trop svelte et trop chancelante pour un roi. Marie Stuart parut changer de coeur en le voyant et donner son âme avec sa couronne. Les récits adressés par l'ambassadeur français à sa cour représentent ce mariage comme l'union de deux amants s'effaçant l'un l'autre par leurs charmes, et s'enivrant dans des fêtes prolongées du premier bonheur de leur vie. Les presbytériens seuls et Knox, à leur tour, faisaient discordance à ce bonheur par leurs murmures: «Soyons contents, disait ironiquement le comte de Marton, nous allons être gouvernés par un bouffon Rizzio, un enfant imbécile Darnley, et une princesse au coeur faible Marie Stuart!»--«On vous dira, écrit à Catherine de Médicis Paul de Foix, son envoyé à Holyrood, la vie gracieuse et aisée de ladite dame, employant tous les matins à la chasse et le soir aux danses, musiques et mascarades!»--«Ce n'est pas une chrétienne, s'écriait Knox dans sa chaire, ce n'est pas même une femme; c'est une divinité païenne: c'est _Diane_ le matin, _Vénus_ le soir!...»