XVII
Les rideaux de la couche de la reine couvrirent tout le mystère de cette réconciliation et de la conspiration nouvelle du roi avec la reine contre ses propres complices dans le meurtre du favori; cette conspiration éclata subitement le 15 mars, six jours après l'assassinat, par la fuite nocturne du roi et de la reine au château de Dunbar, forteresse d'où le roi pouvait braver ses complices, et la reine ses ennemis. De là, Marie Stuart écrit à sa soeur Elisabeth d'Angleterre pour lui raconter, en les colorant, ses malheurs, et pour lui demander secours contre ses sujets révoltés; elle appelle à Dunbar tous les contingents des nobles innocents de la conspiration contre elle; huit mille Écossais fidèles accourent à sa voix; elle marche avec le roi à la tête de ces troupes sur Édimbourg. L'étonnement et la terreur l'y précèdent; la présence du roi déconcerte les nobles, le clergé, le peuple insurgés. Elle rentre sans combat à Holyrood. Elle fait défendre, par ses proclamations, d'imputer à Darnley toute participation au meurtre de Rizzio, elle fait trancher la tête à tous les complices tombés sous sa main; Ruthven, Douglas, Morton s'enfuient d'effroi hors des frontières; elle rappelle à la tête de ses conseils l'habile et vertueux Murray, qui s'était assez compromis dans la conspiration pour sa popularité, assez réservé pour sa vertu. Enfin, satisfaisant son coeur après avoir satisfait son ambition, elle jette le masque, elle pleure Rizzio, elle fait exhumer le corps de son favori, lui fait des obsèques royales et l'ensevelit elle-même dans le sépulcre des rois, dans la chapelle d'Holyrood.
Réconciliée avec Darnley qu'elle méprisait de plus en plus, servie par Murray qui lui ramenait la nation, elle accoucha, le 17 juin suivant, du fils qui devait un jour régner sur l'Angleterre. Une amnistie habile, dictée par Murray, pardonna, à l'occasion de cette naissance, aux conjurés et fit rentrer les proscrits dans leur patrie et dans leurs domaines. L'heure de sa vengeance contre son mari sonnait déjà en secret dans son coeur. Son aversion pour lui s'envenimait tous les jours, et elle ne prenait plus la peine de la dissimuler. Melvil, un de ses confidents les plus intimes, dit dans les mémoires qu'il écrivit sur le règne de sa maîtresse: «Je lui trouve toujours, depuis le meurtre de Rizzio, un coeur plein de rancune, et c'était mal lui faire sa cour que de lui parler de sa réconciliation avec le roi!» Ces témoignages confidentiels sont le coeur ouvert des personnages sous le masque des fausses apparences.