XVI
Mais, si le crime de Marie Stuart était d'une femme, la vengeance était d'un enfant. Rizzio s'était fié à l'amour, les complices du roi à une jalousie presque puérile. Ce sentiment était aussi inconsistant que l'amour dans le coeur d'un mari vengé, et qui pardonnait déjà l'infidélité de la reine pourvu qu'elle lui pardonnât la vengeance. La reine, refoulant avec une dissimulation italienne et féminine l'outrage et le ressentiment dans son âme, afin de mieux y préparer l'expiation, passa en quelques heures des imprécations et des sanglots à une feinte résignation. Tremblant pour son trône, pour sa liberté, pour sa vie et pour celle de l'enfant qu'elle portait dans son sein, elle entreprit de séduire à son tour l'époux outragé dont la colère semblait s'être tout à coup éteinte dans le sang de son rival. L'imagination seule peut mesurer la profondeur de cette dissimulation vengeresse de la reine envers celui qui avait donné le dernier coup de dague au cadavre de son favori! Mais toutes les grandes passions sont des prodiges; si on les mesure à la nature ordinaire de nos sentiments, on se trompe; il ne faut les mesurer qu'à elles-mêmes; l'impossible est la mesure de ces passions.
Cet impossible fut dépassé par la promptitude avec laquelle Marie Stuart séduisit, reconquit et posséda plus que jamais les yeux et le coeur de son jeune époux. Dès le 12 mars, c'est-à-dire lorsque le sang de Rizzio fumait encore sur le parquet de sa chambre et sur la main de Darnley, dès le 12 mars, écrit l'envoyé français à sa cour, la reine reprit tout son empire sur les sens et sur le coeur de Darnley. La séduction fut si rapide et si complète, qu'on crut à un sortilége de la reine sur son mari; le sortilége n'était que la beauté de l'une, la jeunesse ardente de l'autre, et cette supériorité d'esprit d'une femme qui employait maintenant son génie et ses charmes à fléchir, comme elle les avait employés naguère à offenser.