II
Il naquit, le 6 mars 1474, dans un château du _Cosentin_, province de Toscane, dans le voisinage d'Arezzo. Son père, d'une famille illustre de Florence, était podestat ou gouverneur, pour les Médicis, de ce district. Il se nommait Ludovico Buonarroti-Simoni, de la maison de Canossa. Sa mère était aussi de race noble, et estimée pour l'honnêteté de ses moeurs et la dignité de sa vie dans la province. À l'expiration de ses fonctions annuelles de podestat dans le Cosentin, le père de Michel-Ange revint habiter sa maison de _Settignano_, où il possédait une métairie plantée de figuiers, d'oliviers et de vigne, sur une colline aux portes de Florence. C'est de cette colline que naquit la vocation sculpturale de Michel-Ange. Settignano était, comme autrefois _Paros_, comme aujourd'hui _Carrare_, une carrière de marbre où les statuaires et les architectes de Florence venaient chercher leurs blocs et où ils les faisaient ébaucher par leurs élèves et leurs ouvriers. L'enfant eut pour nourrice la femme d'un de ces carriers du village paternel. Il attribue lui-même, plus tard, son inclination pour la statuaire à ces premiers blocs qu'il voyait dégrossir dans la maison de sa nourrice et à ces outils de sculpteur avec lesquels ses petites mains jouaient dès le berceau. Les plus grandes vocations n'ont souvent pas d'autre origine. Les plus grands fleuves, à leur source, ne prennent souvent leur direction que d'un caillou qui leur ferme la route ou d'une rigole qui la favorise par la main d'un enfant sur la pente où ils doivent couler.
«Giorgio, disait-il un jour avec enjouement à son ami _Vasari_, à l'époque où il remplissait déjà l'Italie de son nom et de ses oeuvres, si j'ai eu quelque grandeur et quelque bonheur dans le génie, cela m'est venu d'être né dans la pauvreté et dans l'élasticité de votre air des collines d'Arezzo; et c'est ainsi que je tirai, pour ainsi dire, du lait de ma nourrice, à Settignano, le ciseau et le maillet avec lesquels je fais mes figures.»