‹ Cours familier de Littérature - Volume 26Chapitre 81 sur 120 · III

III

La famille de Ludovico Buonarroti devenue plus nombreuse avec les années, par la fécondité de sa femme, le père de Michel-Ange, pour élever ses fils, fut obligé de les mettre en apprentissage dans les manufactures de _laine_ et de _soie_ de Florence, qu'on appelait en Toscane les _Arts_, et qui, dans un pays gouverné par des artisans devenus princes, ne dérogeaient point à la noblesse des familles. Le jeune Michel-Ange, placé par son père dans une école de grammaire, tenue par Francesco d'Urbino, se refusait à toute autre étude qu'à celles auxquelles la nature et ses premières impressions d'enfance chez sa nourrice le prédestinaient. On le surprenait toujours le crayon à la main, dessinant des figures sur ses livres. Son père et ses oncles, qui voulaient violenter sa vocation et qui regardaient la sculpture et la peinture comme des métiers ignobles et mercenaires, indignes de leur sang, gourmandaient et frappaient en vain l'enfant pour le contraindre aux études, selon eux, plus nobles du commerce. Sa vocation, comme il arrive toujours, se fortifiait et s'irritait par la résistance paternelle. À la fin, le père céda, moins par conviction que par lassitude; l'enfant fut placé comme élève chez le célèbre peintre _Dominico Ghirlandaïo_, dont l'école était alors la première de Florence. Michel-Ange y entra à quatorze ans. Une note du livre de comptes de son père, retrouvée et conservée par les érudits toscans, ne laisse aucun doute sur ces commencements de Michel-Ange:

«Le premier jour d'avril 1588, moi, Ludovico di _Buonarrota_, j'ai engagé mon fils, _Michel-Agnolo_, chez Dominico Ghirlandaïo et David _Cunado_, pour trois ans, aux conditions suivantes: que ledit Michel-Agnolo, mon fils, devra rester chez ces maîtres pendant le susdit temps pour apprendre à dessiner et pour faire tout ce que ces maîtres lui commanderont; et que ces susdits maîtres lui donneront pour ces trois années vingt-quatre florins de gages, savoir: six florins la première année, huit florins la seconde, dix florins la troisième, en tout quatre-vingt-seize livres. Suit la quittance des six premiers florins. Signé: Ludovico di _Lionardo_ di _Buonarrota_.»