‹ Cours familier de littérature, tome 27Chapitre 11 sur 94 · II

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Malgré la gravité de ces études, il fit bientôt paraître, mais sans les signer de son nom, ses Lettres persanes, parfaitement dans le goût de l'époque, et qui eurent une vogue singulière.

«Faites-nous des Lettres persanes,» disaient les libraires à tous les auteurs, comme si ces livres-là se faisaient deux fois. Montesquieu crut devoir de nouveau sacrifier aux grâces, mais lui-même n'éleva qu'un monument factice, son Temple de Gnide, que madame du Deffand, frappée de la froideur étudiée qui le caractérisait, appela l'Apocalypse de la galanterie. Le génie de Montesquieu n'était pas là, et les Lettres persanes avaient été une bonne fortune de sa jeunesse.

Bonne fortune, en effet, car elles le conduisirent à l'Académie française, en dépit de leur légèreté qui leur valut tout d'abord les résistances du cardinal Fleury.

Voltaire assure que Montesquieu parvint à faire lire au cardinal un exemplaire particulier des Lettres persanes soigneusement revu et purgé, ad usum Delphini, en quelque sorte; Voltaire attribue à Montesquieu un tour qu'il eût été bien capable de jouer, lui, Voltaire, en pareil cas; mais on pense généralement que Montesquieu le prit de plus haut; qu'il menaça fièrement de s'exiler, et que l'amitié du maréchal d'Estrées adoucit les scrupules du cardinal Fleury. On fit courir le bruit qu'un libraire impudent avait mêlé aux Lettres persanes des lettres qui n'étaient pas dans le manuscrit original, ce qui n'était pas exact le moins du monde. Cependant le cardinal Fleury voulut bien le croire et cessa de faire opposition au nom du roi. L'auteur fut académicien en 1728.

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