IV
Une autre aile du château était occupée par une chapelle vaste, décorée, desservie par des aumôniers, et dont on sentait que le duc faisait ou comptait faire la pièce principale de son palais. Les autels et tableaux, les décorations de tout genre la surchargeaient de luxe pieux. C'était vraiment la chapelle privée d'un futur cardinal. La vie de château, à la Roche-Guyon, avait quelque chose d'un séminaire. La salle à manger et les salons étaient remplis de jeunes ecclésiastiques ou aspirant à le devenir, pleins de mérite, dont quelques-uns, tels que les évêques de Perpignan et d'Orléans, n'ont pas depuis trompé les augures. J'étais peu à ma place dans cette société; mais le duc et ses commensaux me traitaient en poëte qui voit tout sans participer à rien. Je fus prié de faire quelques vers sur le château, et j'écrivis la Méditation intitulée _La Roche-Guyon_. J'en laissai en partant le manuscrit au château. Mais je me hâtai de revenir à Paris avec le duc et Genoude, pour retrouver la charmante princesse romaine que j'avais laissée malgré moi, et que je ne pouvais oublier. Je me souviens même qu'en route, entendant mes compagnons de voyage vanter les douceurs de la dévotion, je convins avec eux qu'elle avait ses charmes, quand elle était ardente et sincère, mais que l'amour pour une beauté accomplie me paraissait une dévotion des sens à laquelle je ne pouvais rien comparer sans me mentir à moi-même. On me traita de profane, on sourit et on parla d'autre chose.
Voilà comment commencèrent mes relations avec le duc de Rohan.