XXII
L'épilogue couronne dignement le poëme: c'est l'auteur lui-même, Chateaubriand, qui reprend la parole et qui raconte la suite de la destinée des personnages survivants (le père Aubry, Chactas), telle qu'il l'a apprise dans ses voyages aux terres lointaines. Il y a bien encore quelque trace de manière:
«Quand un Siminole me raconta cette histoire (transmise de Chactas à René, et des pères aux enfants), je la trouvai fort instructive et parfaitement belle, parce qu'il y mit la _fleur du désert_, la _grâce de la cabane_, et une simplicité à conter la douleur que je ne me flatte pas d'avoir conservée.»
Ce ton-ci, en effet, est bien moins de la simplicité que de la simplesse. Mais à côté se trouve le touchant tableau de la jeune mère indienne ensevelissant et berçant son enfant mort parmi les branches d'un érable.
Le discours du père Aubry à Atala et à Chactas est célèbre. Combien de fois quelques-unes de ces paroles ont été répétées depuis sans qu'on se rappelât bien d'où elles étaient tirées!
«L'habitant de la cabane et celui des palais, tout souffre, tout gémit ici-bas; les reines ont été vues pleurant comme de simples femmes, et l'on s'est étonné de la quantité de larmes que contiennent les yeux des rois!»
«Est-ce votre amour que vous regrettez? Ma fille, il faudrait autant pleurer un songe. Connaissez-vous le coeur de l'homme, et pourriez-vous compter les inconstances de son désir? Vous calculeriez plutôt le nombre des vagues que la mer roule dans une tempête.»
M. Joubert, un de ses amis de ce temps, écrivait confidentiellement à madame de Beaumont, son idole:
«Il y a un charme, un talisman que tient un doigt de l'ouvrier. Il l'aura mis partout, parce qu'il a tout manié.»
C'était vrai: l'amour avait tout consacré dans ce premier livre de Chateaubriand. Il éclata comme la foudre du désert; il ne dura pas autant que _Paul et Virginie_, qui dure encore et qui durera toujours. Ce n'était que le chef-d'oeuvre de l'art, Virginie était le chef-d'oeuvre de la nature. Cependant, c'est encore avec _René_, la plus belle apparition du génie après la Révolution.