XXI
On arrive au grand village d'Atala, la veille de la mort du prisonnier. Les deux amants errent ensemble dans la forêt vierge. Ils ont le pressentiment de l'amour et du bonheur.
Chactas s'extasie:
«Pompe nuptiale, digne de nos malheurs et de la grandeur de nos amours: superbes Forêts qui agitiez vos lianes et vos dômes comme les rideaux et le ciel de notre couche; Pins embrasés qui formiez les flambeaux de notre hymen; Fleuve débordé; Montagnes mugissantes, affreuse et sublime Nature, n'étiez-vous donc qu'un appareil préparé pour nous tromper, et ne pûtes-vous cacher un moment dans vos mystérieuses horreurs la félicité d'un homme!»
Mais Atala est secrètement chrétienne et vierge sur un voeu de sa mère. Elle s'empoisonne de peur de faillir.
«Le coeur, ô Chactas! est comme ces sortes d'arbres qui ne donnent leur baume pour les blessures des hommes, que lorsque le fer les a blessés eux-mêmes.»
Et encore, pour exprimer qu'il n'est point de coeur mortel qui n'ait au fond sa plaie cachée:
«Le coeur le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la savane Alachua: la surface en paraît calme et pure; mais, quand vous regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile, que le puits nourrit dans ses eaux.»
Les funérailles d'Atala sont d'une rare beauté et d'une expression idéale.