XI
Bossuet jeta les yeux sur Fénelon. Celui-ci, qu'il présenta pour la première fois à Louis XIV, ne demanda pour toute grâce au roi que de désarmer la religion de toute force coercitive, d'éloigner les troupes des provinces qu'il allait visiter, et de laisser la parole, la charité et la grâce opérer seules sur les convictions qu'il voulait éclairer et non dompter. Louis XIV fut charmé de l'extérieur, de la modestie, de l'éloquence naturelle du jeune prêtre. Il lui confia les missions du Poitou.
Fénelon s'adjoignit, pour cette oeuvre, l'abbé Langeron et l'abbé Fleury. Il ne tarda pas à pacifier les esprits, et obtint des abjurations libres. Accusé d'indulgence par les agents de la persécution: «Si l'on veut, écrivit-il à Bossuet, leur faire abjurer le christianisme et adopter le Coran, il n'y a qu'à leur renvoyer les dragons.--Continuez à faire venir des blés, écrit-il ailleurs aux ministres du roi, c'est la controverse la plus persuasive pour eux... Les peuples ne se gagnent que par la parole. Il faut leur trouver autant de douceurs à rester dans le royaume, que de périls à en sortir.»