‹ Cours familier de Littérature - Volume 28Chapitre 111 sur 142 · XII

XII

À son retour du Poitou, Fénelon fut désigné au roi, par le duc de Beauvillers et par madame de Maintenon, pour précepteur du duc de Bourgogne, son petit-fils. L'amitié eut la première pensée de Fénelon après son élévation. Il fit nommer l'abbé Fleury sous-précepteur, et l'abbé de Langeron lecteur du jeune prince. L'abbé de Beaumont, son neveu, fut associé comme sous-précepteur à l'abbé Fleury.

Le jeune disciple, par son caractère, donnait autant à redouter qu'à espérer de sa nature. Dur, colère jusqu'aux emportements contre les choses inanimées, incapable de souffrir la moindre contradiction, opiniâtre à l'excès, passionné pour tous les plaisirs, la bonne chère, la chasse, la musique, le jeu, où il ne pouvait supporter d'être vaincu; il ne regardait les hommes que comme des atomes, avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. L'esprit, la pénétration brillaient en lui de toutes parts jusque dans ses violences; ses reparties étonnaient, ses réponses tendaient toujours au juste et au profond; il se jouait des connaissances les plus abstraites; l'étendue et la vivacité de son esprit étaient prodigieuses et l'empêchaient de se fixer sur une seule chose à la fois. Tel était l'enfant qu'on donnait à transformer à Fénelon. Le roi, madame de Maintenon et le duc de Beauvillers avaient été admirablement servis par le hasard ou par le discernement, en rencontrant et en choisissant un tel maître pour un tel disciple.

Fénelon avait reçu de la nature les deux dons les plus nécessaires à ceux qui enseignent: le don d'imposer et le don de plaire. Il ne tarda pas à captiver la cour tout entière, à l'exception des envieux et du roi, qui avait contre le génie les préventions du plus simple bon sens, et qui n'aimait pas qu'on regardât trop un autre homme que lui dans sa cour.

LAMARTINE.

FIN DU CLXVIIe ENTRETIEN.

Typ. de Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain, 43.

CLXVIIIe ENTRETIEN

FÉNELON

(SUITE)