XXI
Le roi, qui se mêlait de théologie, sans rien comprendre que la discipline et l'autorité infaillible, témoigna son mécontentement. Madame de Maintenon, tremblant de se compromettre aux yeux du roi, se hâta de désavouer ses amis et de retirer ses faveurs. Elle pressa la nomination d'un tribunal de docteurs pour juger les questions et pour la décharger d'une responsabilité qui lui pesait dans cette affaire.
Les conférences s'ouvrirent. Bossuet les dominait; étranger à ces susceptibilités, il priait encore Fénelon de l'initier à ces exaltations mystiques qu'il appelait d'amoureuses extravagances. Fénelon analysait pour Bossuet ces livres français, espagnols ou italiens, où madame Guyon avait puisé ses propres enthousiasmes. Madame de Maintenon, craignant que Fénelon ne se trouvât compromis dans ces réprobations de l'Église de Paris, et arraché ainsi à la cour, employa pour le détacher de madame Guyon la séduction de la faveur royale. Le roi le nomma archevêque de Cambrai. À ce titre, madame de Maintenon espérait le faire associer lui-même aux évêques qui jugeaient madame Guyon, et le contraindre à réprouver ainsi comme pontife, ce qu'il avait admiré comme ami.
Fénelon s'alarma au premier moment d'une dignité qui devait l'enlever à son élève. Il représenta au roi que la première dignité à ses yeux était la tendresse qui l'attachait à son petit-fils, et qu'il ne changerait volontairement contre aucune autre. «Non, lui répondit avec bonté Louis XIV, j'entends que vous restiez en même temps précepteur de mon petit-fils. La discipline de l'Église ne vous impose que neuf mois de résidence dans votre diocèse; vous donnerez vos trois autres mois à vos élèves ici: et vous surveillerez de Cambrai leur éducation pendant le reste de l'année, comme si vous étiez à la cour.»