XX
Cependant le bruit des nouveautés qui couvaient à Saint-Cyr et à Versailles entre madame Guyon et l'abbé de Fénelon et qui ravissaient les âmes ardentes, était parvenu à l'archevêque de Paris, à Bossuet et à l'évêque de Chartres, directeur de madame de Maintenon.
Ces trois prélats dénoncèrent Fénelon comme fauteur dangereux d'idées inexpérimentées ou téméraires, qu'il fallait, pour la paix de la religion, éloigner du roi et de son petit-fils.
Bourdaloue, orateur célèbre et vénéré de la chaire, consulté sur ces doctrines, répondit avec la même austérité. «Le silence sur ces matières, dit-il dans sa lettre, est le meilleur gardien de la paix. Il n'en faut parler que dans le secret de la confidence avec ses directeurs spirituels.» La sourde conspiration des esprits sévères couva ainsi contre Fénelon longtemps avant d'éclater.
Bossuet, au commencement de cette querelle, chercha plutôt à l'étouffer qu'à l'envenimer. Il traita les visions de madame Guyon comme les erreurs d'un esprit malade; il reçut avec indulgence les explications de cette femme célèbre et ses regrets des troubles qu'elle excitait involontairement dans les âmes. Il se chargea d'examiner à loisir ses écrits et de porter un arrêt suprême auquel elle se soumettrait avec une déférence volontaire.
Il fit ce qu'il avait promis de faire; il lut et censura les livres de madame Guyon. Il lui écrivit pour lui indiquer, avec une bonté divine, les passages scandaleux pour la raison ou dangereux pour la morale.
Il s'entretint confidentiellement avec Fénelon des aberrations de son ami spirituel et le conjura de les condamner avec lui. Fénelon, sûr de l'orthodoxie de madame Guyon, et touché des persécutions qui la menaçaient, la justifia devant Bossuet avec plus de magnanimité que de politique. Il se refusa à condamner, comme théologien, ce qu'il admirait comme homme, comme poëte et comme ami. Bossuet fut contristé.