‹ Cours familier de Littérature - Volume 28Chapitre 121 sur 142 · XXIV

XXIV

Fénelon, placé par la rigidité de ses adversaires entre le crime de condamner ce qu'il croyait innocent et le danger de susciter sur sa propre tête les foudres de Bossuet, et pour enlever à celui-ci tout prétexte aux incriminations, écrivit son livre des _Maximes des Saints_.

C'était la justification, par les textes tirés des livres et des opinions même des oracles de l'Église, de l'amour désintéressé de Dieu.

Il soumit humblement, page par page, son manuscrit à la censure de monseigneur de Noailles, successeur de M. de Harlay, archevêque de Paris, qui l'engagea à ne le communiquer qu'à ses théologiens, sans en parler à Bossuet.

Celui-ci s'indigna au bruit de la prochaine publication d'un livre dont on lui avait dérobé le secret. La justification de Fénelon parut un crime contre l'autorité de l'oracle de l'Église de France. Le roi prit parti pour le chef de l'épiscopat. Tout le monde s'éloignait de Fénelon. Il était à Versailles aussi isolé qu'à Cambrai, attendant chaque jour l'ordre de s'éloigner de la cour. Ce fut dans cette angoisse qu'un incendie dévora son palais épiscopal de Cambrai, les meubles, les livres, les manuscrits qu'il contenait. Il reçut ce coup avec sa sérénité habituelle. «J'aime mieux, dit-il à l'abbé de Langeron qui accourut pour lui apprendre ce malheur, que le feu ait pris à ma maison plutôt qu'à la chaumière d'une pauvre famille.»

Cependant Bossuet fulminait de sévères censures contre le livre de Fénelon, à qui le roi enjoignit de quitter Versailles et de se rendre à Cambrai, sans s'arrêter à Paris. Il lui fut défendu d'aller à Rome solliciter un jugement du pape sur ces doctrines, et le roi écrivit au souverain pontife pour lui demander une condamnation de l'archevêque de Cambrai, s'engageant à la faire exécuter par toute son autorité royale.