‹ Cours familier de Littérature - Volume 28Chapitre 55 sur 142 · LXXVI

LXXVI

Aussi voyez comme, à ses premières lignes, tout se bouleverse dans la littérature de la France et de l'empire! On dirait qu'un nouvel instrument musical fait résonner ses sons dans les concerts de l'esprit; on croit entendre les soupirs du vent dans les roseaux, les secousses du vent d'orage dans les vastes cimes des forêts, les chutes des cataractes dans les abîmes, les éclats de la foudre entre les rochers, et quelque chose de plus pathétique encore, les battements intimes du coeur, les frissons de l'âme, le suintement des larmes à travers la peau, et les cris muets de la tristesse humaine cherchant en vain des mots pour dire ses angoisses. Alors tout se tait dans la vieille langue; nul ne cherche à imiter l'inimitable; les uns ricanent par envie, les autres pleurent par sympathie, tous s'émerveillent en écoutant; la note grave est retrouvée dans les langues modernes, et ce jeune inconnu a sonné sans le savoir le sursaut du monde. Voilà l'effet universel et inspiré d'en haut de Chateaubriand.

C'est la _Bible_ des derniers temps; il n'y a plus qu'une voix dans la nature, _un homme grand nous a parlé_.