VIII
C'est à peu près dans le même temps qu'il publia sous le nom de l'abbé de Chaulieu, récemment mort, l'_Épître à Uranie_, son premier poëme philosophique. L'_Épître à Uranie_ ressemble à un fragment de _Lucrèce_ retrouvé dans une imagination française à dix-huit cents ans de distance. C'est une profession de dédain contre les opinions populaires en matière de divinité. Cette audace d'esprit fort devint le symbole de l'impiété théologique contre toutes les révélations. Caché sous le faux nom de l'abbé de Chaulieu, Voltaire échappa à la vengeance de l'Église et du gouvernement. On le soupçonna, on ne put le convaincre. Il publia aussi alors ses _Lettres sur les Anglais_, dans lesquelles il faisait connaître et goûter à la France les institutions libres, l'éloquence virile, la science pratique, et la littérature neuve de la Grande-Bretagne. Il fut le premier après Saint-Évremond, le Voltaire du dix-septième siècle, qui colonisa les idées anglaises sur le continent; le détroit de la Manche alors séparait deux mondes.