XVI
Il touchait à sa soixantième année; sa santé toujours souffrante, quoique pleine de cette éternelle séve d'esprit qui est la vie sous la forme de l'activité morale, lui faisait un besoin de la solitude.
Il avait aigri contre lui le roi et la cour par ses éloges retentissants du roi de Prusse. L'héroïsme de Frédéric le Grand était un reproche tacite de la mollesse de Louis XV; soit que les lettres qu'il recevait de Paris lui fissent redouter de vivre trop près de Versailles, soit qu'un avertissement secret de la cour lui interdît de s'en rapprocher sans exposer sa liberté, il résolut de chercher un asile hors de la portée de ces arbitraires des rois. Sa fortune considérable, indépendante des caprices et des confiscations des gouvernements, était en partie disponible, en partie placée en rentes sur les différentes contrées de l'Europe; elle s'élevait à deux cent mille livres de rente; ses besoins personnels bornés laissaient une grande partie de ce revenu à la disposition de ses goûts pour des libéralités princières, le reste en économie pour les éventualités extrêmes de sa vieillesse.