‹ Cours familier de Littérature - Volume 28Chapitre 9 sur 142 · XLI

XLI

Après avoir vu Murat à Milan, il reprit sa route. Il arriva à Rome le 27 juin. Mon ami, M. Artau, le conduisit à Saint-Pierre.

«Il sentait le besoin d'un effet, me dit Artau, ne pouvant pas le sentir, il l'affecta.»

Il s'assit sur le rebord en pierre du jet d'eau en face du portail, entre les obélisques égyptiens, et, plaçant sa main sur sa poitrine, il dit à Artau: «_J'ai soif!_» et demeura silencieux dans une contemplation évidemment simulée. Artau le comprit, et ne dérangea pas son enthousiasme.

On le logea chez le cardinal Fesch, au dernier étage du palais.

«N'ayant rien à faire dans ma chambre aérienne, dit-il, je regardais par-dessus les toits, dans une maison voisine, des blanchisseuses qui me faisaient des signes; une cantatrice novice exerçant sa voix me poursuivait d'un solfége éternel, heureux quand il passait quelque enterrement pour me désennuyer. Du haut de ma fenêtre, je vis dans l'abîme de la rue le convoi d'une jeune mère; on la portait, le visage découvert, entre deux files de pèlerins blancs; son nouveau-né, mort aussi et couronné de fleurs, était couché à ses pieds.»