‹ Cours familier de Littérature - Volume 28Chapitre 8 sur 142 · XL

XL

Son voyage à Rome fut lent et glorieux, comme un triomphe au milieu d'un pays réjoui par le retour de son vieux culte. Il visita à loisir les choses et les hommes du midi de la France. Il écouta les vers de Reboul, que j'ai depuis admirés moi-même; excellent homme, que je désignai en 1848 au choix éclairé de son pays pour représentant de la République, que nous tentions de fonder; les exagérés le dégoûtèrent comme ils dégoûtèrent la France, et il se retira sans combat. Il était homme d'honneur, de talent et de vertu, mais non homme de lutte. Il est allé depuis au séjour des hommes de paix, en emportant notre amitié.

Avant son départ pour Rome, Lucien l'avait conduit à une fête chez le premier consul; Bonaparte le reconnaissant dans la foule, s'approcha de lui, et lui dit:

«En Égypte, j'étais toujours frappé quand je voyais les cheiks tomber à genoux au milieu du désert, se tourner vers l'orient, et toucher le sable de leur front. Qu'était-ce que cet inconnu qu'ils adoraient vers l'orient?»

Puis, s'interrompant lui-même et passant sans transition à un autre sujet:

«Le christianisme, dit-il, les idéologues n'ont-ils pas prétendu en faire un système d'astronomie? Quand cela serait, croient-ils me persuader que le christianisme est petit? Si le christianisme est l'allégorie du mouvement des sphères, la géométrie des astres, les esprits forts ont beau faire, malgré eux ils ont encore laissé assez de grandeur à son culte!»

Et il s'éloigna.