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Chapitre 3

Tout le soir, Husson resta là, en piquet. Le docteur le tirait par la blouse.
« Mais vous allez vous faire cuire.
— Laissez-moi, je veux voir jusqu’au bout. »

Le docteur s’assit sur l’herbe, en tailleur, navré. Pour passer le temps, il fit des signes intelligents au petit veau roux.

Des domestiques accouraient des environs.

Ils se rangeaient, mornes comme leur maître, autour de l’immense monceau, qu’ils piquaient avec leurs fourches de fer.

« Faut pas éparpiller les cendres, dit Husson, elles sont trop chaudes, elles brûleraient l’herbe d’à côté.

— La nuit tombe, dit le docteur, si nous nous en allions ? »

Mais Husson ne l’entendait pas. Il sortait de son abattement, raisonnait sur son malheur :

« Comment diable la meule a-t-elle pu crouler si vite ? j’aurais compris si elle avait été creuse.

— Bast ! dit le docteur, si on se pose des questions, on n’en finit plus ; tenez, moi, j’ai cru un moment sentir l’odeur de chair brûlée. »

Tous se récrièrent :

« Par exemple, cette idée-là ne prenait pas.

— Cependant… »

On lui rit au nez.

« M’est avis que c’était de la chair de taupe grillée.

— Et le feu, qui l’a mis ? »

Tiens, on n’avait pas songé à cela. Ils cherchaient :

« C’est la chaleur.

— C’est l’humidité.

— Je ne dis pas non. »

On s’en tint là.

Husson resta rêveur.

« Mon ami, est-ce que vous allez coucher ici ? »

Husson se décida. Il souleva ses sabots couverts de poudre noire. Quelque chose brilla à ses pieds. C’était un lingot de petites perles de métal fondues et collées ensemble.

Ils remontèrent le pré en l’examinant.

« Je le donnerai à ma femme, dit Husson. Elle sera moins chagrine pour la meule. »

Le docteur voulut rire.

« Prenez garde, les brimborions, ça attire quelquefois les galants. »

Avec des mots décolletés il égaya la compagnie.

Husson se déridait. Il avait des idées là-dessus, des idées pas communes :

« Les galants, ah ben ! je m’en moque. Une femme, voyez-vous, c’est pour tout le monde. Faut que chacun en aie sa part. Si je voyais rôder quéque beau gars autour de la mienne, j’y dirais : patience, l’ami, t’auras ton tour. Attends seulement que j’aie fini. »

Autour de lui les domestiques riaient. Le docteur lui tapa sur le ventre :

« Libertin, va !

— Dame, dit Husson, on est triste d’un côté, on rit de l’autre. Faut ben se consoler. »

Subitement, il se frappa le front :

« Attendez donc, mais oui, c’est ça. »

Il s’expliqua tout au long.

Oui, ma foi, il avait trouvé. Il se rappelait les détails, coup sur coup, pour renforcer ses raisons, oubliant presque son malheur, fier de lui.

Il redisait avec des preuves, longuement :

« Mais oui, parbleu. Tenez : j’étais comme ça : j’avais la cuisse tendue. Un coup sec. L’allumette m’a échappé. Je l’ai laissée, sans voir ; j’en ai pris une autre. »

Tous approuvaient :

« C’est vrai, c’est vrai.

— N’est-ce pas ? Sacrée pipe ! ça m’étonne qu’elle se soit tournée contre moi. »

Et Husson ne se lassait pas de répéter, au milieu de l’ébahissement général, les gestes explicatifs joints à la parole, perspicace :

« Tenez, j’étais comme ça, j’avais la cuisse tendue… »

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