Chapitre 2
José était un moissonneur du village voisin. Grand, desséché, bêta, il riait toujours, de tout, avec tout le monde, avec les bêtes, avec lui. De plus, oscillant et déhanché, il semblait marcher autant avec le torse qu’avec les jambes. Un jour qu’il s’en revenait des champs, il aperçut Marguite sur la route. Elle avait sous le bras un parapluie à carreaux rouges et bleus, attaché avec un cordon blanc.
De ses deux mains, le corps légèrement arqué en arrière, elle retenait par une ficelle un délicieux goret, un tout mignon petit cochon qui trottait par soubresauts sur ses trois pattes libres.
José se mit à rire d’une oreille à l’autre.
Marguite s’arrêta, gênée.
Le goret tirait sur la ficelle, la queue frisée.
Devant eux, José, les jambes écartées, les deux mains sur les cuisses, n’en pouvait plus, s’épanouissait.
« La gentille queue ! une vraie papillote. »
Elle rit aussi.
Ils causèrent.
Elle venait de loin, de M…, où elle avait acheté le goret pour ses bourgeois.
« De M… ? elle connaissait donc M…
— J’y suis née.
— Comme moi. »
Ils étaient du même pays. Ils n’en revenaient pas. À cause de cela, et en faveur du petit cochon, José la trouva rudement jolie.
Ils s’assirent au bord de la route, sur l’herbe.
Elle, le buste droit, sa jupe de laine serrée autour de ses jambes, convenable et réservée, jouait aux osselets avec des petits cailloux jaunes.
Lui, tenait à son tour le goret, se penchait le plus possible, pour le laisser aller un peu en avant, puis, brusquement tirait la ficelle ; et, chaque fois que le goret roulait sur le ventre en grognant, il partait d’un rire sonore.
« Comme il crie ! On dirait un enfant. »
Ils parlaient du pays, s’exclamant à chaque souvenir. C’était une provision de nouvelles familières. Bientôt, ils n’eurent plus rien à se dire : ils en avaient pour longtemps.
« J’vas rentrer », dit Marguite.
José l’accompagna sans vouloir lâcher le goret. Il se sentait grandir pour lui une amitié un peu intéressée, en y mêlant de plus en plus un goût sincère pour Marguite, jusqu’à les confondre tous les deux en un seul désir.
La queue du goret le captivait surtout.
Il s’obstinait à répéter :
« Une vraie papillote. »
Il ajoutait en regardant obliquement la coiffe de Marguite :
« C’est comme les vôtres. »
Marguite comprenait la finesse et détournait les yeux.
En vue de la ferme, il fallut se séparer : on gronderait Marguite si on la voyait avec lui.
José flatta longuement le goret, l’embrassa et s’adressant autant à lui qu’à Marguite, il demanda :
« On pourra aller vous voir ?
— Oh ! moi, ça m’est égal, répondit Marguite, si ils ne disent rien. »
José les quitta, bougrement fier de ces deux connaissances-là.
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