‹ Crime de villageChapitre 4 sur 24 · Chapitre 1

Chapitre 1

« Taisez-vous donc, José !

— Ah ! ah ! Marguite. »

C’était bien à peu près tout ce qu’on entendait de voix humaine parmi la multitude des petits bruits secs et crépitants.

Dans la large salle sombre, aux dalles bosselées, un peu humides, tout autour d’un grand feu qu’avivait le grésillement des chènevottes, on teillait sans rien dire. À des ondes de vent plus violentes qui s’engouffraient dans la cheminée, la flamme se courbait comme un être fantastique aux cent langues, dont chacune ramassait, pour le tordre, un brin de chanvre cassé. Il tourbillonnait un peu de fumée. Chaque tête penchée se redressait, et les reflets du foyer se coupaient à des profils étranges.

Par moments, la porte s’entr’ouvrait. On entendait bruire la bise ; un domestique entrait, s’asseyait pesamment, prenait sa poignée et teillait. Sa part lui était mesurée.

Il se hâtait d’en finir, et, quand il avait achevé sa teille, il prenait une des petites lampes rangées sur la table et sortait en faisant sonner sur les pavés de la cour ses gros sabots ferrés.

Le grand-père, maigre et soigné, séparait avec minutie et sans en rien perdre la chènevotte de toute son écorce.

Il se penchait fréquemment en arrière sur son escabeau, puis il éloignait de ses yeux, pour bien voir, la filasse de chanvre qu’il agitait comme une belle chevelure blanche.

Le bourgeois et la bourgeoise teillaient ardemment, avec habileté, et Marguite ne tournait la tête que pour crier :

« Taisez-vous donc, José. »

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