Chapitre 5
Ce dimanche matin, José la ramenait, coquette et gaie, de la messe. Il admirait son joli châle rouge, croisé sur le dos et la poitrine.
« Vous avez l’air toute sellée pour un voyage, Marguite. »
Elle se laissait enjôler, facile et bonne, aux compliments.
Subitement, José s’arrêta, embarrassé, puis se décida :
« Y a une chose, dit-il, je fais mes cinq ans. »
Elle le regarda, stupéfaite :
« Je ne vous l’avais pas dit, pour être plus sûr. »
Elle lui répondit simplement :
« Ça sera pour après. »
Elle n’était pas pressée. Elle ne doutait pas de sa promesse.
Ils se promenèrent un peu.
Un pâle soleil d’octobre faisait briller comme une immense ceinture neuve la route blanche à perte de vue.
Les paysans en vestons courts, sous leurs blouses raides et luisantes qu’ils avaient quittées pour communier, causaient, lisaient les affiches, parlaient politique, plantés au milieu de la route, les bras ballants dans l’air, les gestes larges, heureux, rasés de frais. Les paysannes, dans leurs corsages serrés et leurs jupes de couleurs voyantes, coiffées de bonnets extraordinairement hauts et légers, qui donnaient aux vieilles un air jeune, et aux jeunes un air de petites vieilles, s’éternisaient aux seuils des portes, à saluer, à regarder les passants, le soleil, toute l’animation bruyante d’un jour de fête, et se répétaient entre elles, des deux côtés de la route, avisées et criardes, les passages du prône bien parlés, en les commentant.
Marguite et José allaient doucement, chacun à ses pensées, Marguite le coeur un peu gros, non que la nouvelle l’eût bien affligée, tout le monde faisait ses cinq ans ; mais quand on n’est pas bien préparé ! Enfin, ça se passerait. C’était trop tôt. Encore si elle avait tenu le pré aux saules. Elle l’aurait fait valoir à sa guise. Quant à l’absence de José, ce n’était pas là le pénible. On se reverrait avec plus de plaisir, voilà tout.
Ils s’assirent juste à l’endroit où ils avaient fait connaissance, ce qui les toucha.
José rappela le goret, grand comme un petit âne, maintenant ; cela ne les fit point rire.
José prit Marguite par la taille, et lui dit :
« Tu m’attendras, pas vrai ! »
Elle répondit : « T’es bête. » Oh ! il pouvait être sûr. Le sentiment ne l’étouffait pas tant que ça. On se mariait pour travailler en commun. Elle avait promis, c’était dit.
Il l’embrassait goulûment, sans s’inquiéter des gens qui passaient.
Elle ne résistait pas, attristée et songeuse.
Au-dessus d’eux, dans l’air, ils ne savaient où, à toute volée, des cloches sonnaient.
« Et le déjeuner des bourgeois, dit Marguite, ce n’est pas une raison pour l’oublier. »
Elle se leva :
« Tu pars quand ?
— Je peux être appelé d’un jour à l’autre. »
José avait bien envie de pleurer :
« Voyons, t’es un homme ! »
Et ils se quittèrent.
Elle s’en revint, pressée. Les feuilles sèches volaient autour d’elle, sous ses pas, semblables à de gros papillons jaunes.
Elle se hâta ; elle se dit :
« Allons, faudrait pourtant pas toujours penser aux bêtises. »
Droit sur la route, José la regardait, son mouchoir à la main, prêt à agiter les bras si elle se retournait.
Elle ne se retourna pas.
Les cloches sonnaient toujours, moins vibrantes, coupes pleines de sons pour les âmes que l’extase altère.
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