Chapitre 13 Ultima verba
Plus je vieillis, plus j’observe ce qui se passe dans le monde, plus je me convaincs que la religion est nécessaire à l’homme, à l’individu comme à la société, pourvu que ce soit une religion vraie, éclairée, sincère, qui dirige leur conduite, leurs actions, éclaire la conscience, fortifie la vertu, purifie les cœurs, anoblit les motifs, inspire la charité et l’amour du prochain, et fait de l’homme un bon père de famille, un bon citoyen.
J’ai connu des hommes qui sans être des croyants ou des chrétiens pratiquants, n’en étaient pas moins estimables, doués des plus belles qualités du cœur et de l’esprit, faisant le bien, bons à leur famille, à leurs semblables, ayant le sens de l’honneur et du devoir, de la dignité personnelle, remplissant fidèlement leurs devoirs de citoyens. La nature les avait faits bons, vertueux, leur tempérament les protégeait contre les passions violentes, les entraînements dangereux et les portait à haïr tout ce qui était vil et grossier. C’étaient des natures d’élite, des exceptions intéressantes d’après lesquelles on ne peut juger la généralité des hommes.
J’ai connu d’autres hommes qui, à ces vertus naturelles joignaient une religion sincère, solide et pratiquaient ce qu’ils croyaient. Vraiment je dois avouer qu’ils étaient plus parfaits, plus capables de résister à toutes les séductions, de supporter la souffrance, l’ingratitude et l’injustice, de sacrifier leur intérêt personnel au succès d’une bonne œuvre, au bien de la société, de pratiquer humblement et discrètement les vertus, les dévouements obscurs. Je ne veux pas dire que ces hommes ne peuvent pas parfois payer tribut à la faiblesse humaine et commettre des actes condamnables, mais ils se hâtent de se reprendre, de se remettre dans la bonne voie et de réparer le mal qu’ils ont pu faire.
Malheureusement, il est des hommes dont les passions sont plus fortes que les croyances, qui donnent prise à la critique, à des comparaisons regrettables, et il y a les hypocrites, les ambitieux et les intrigants, pour qui la religion est un manteau, un paravent, un moyen de parvenir à leurs fins, à des fins plus ou moins honorables.
Toutefois, il n’en est pas moins vrai que dans la vie privée ou publique, une religion franche et sincère offre plus de garantie de sagesse, de probité, de vertu que la libre-pensée ou le scepticisme religieux, et que le monde, comme vient de le proclamer, quelques jours avant sa mort, le président des États-Unis, n’en a jamais eu un besoin plus pressant.
Au milieu des maux, des désastres et des crimes qui affligent l’humanité, à la vue du déchaînement de toutes les passions, de tous les mauvais appétits, du mépris de toute autorité, de toute supériorité, des abus de la richesse et des jalousies, des haines qu’ils provoquent, à la vue de ces masses agitées qui partout arborent le drapeau de la révolte et menacent de bouleverser les fondements de la société, les chefs du monde spirituel et temporel proclament que la religion seule peut rendre la paix et le bonheur à la terre, produire la réaction dont elle a tant besoin.
Mais quand se fera cette bienfaisante réaction ?
Lorsque le bolchevisme aura parcouru le monde avec son cortège de misères, de crimes et de désastres ; lorsque l’humanité épuisée, saignée à blanc, verra le néant des doctrines de la démagogie ; lorsque riches et pauvres, grands et petits, capitalistes et prolétaires, savants et ignorants seront convaincus de la nécessité d’avoir recours aux enseignements du Christ et de les mettre en pratique, l’humanité purifiée, régénérée pourra alors pendant quelque temps poursuivre dans la paix ses émouvantes et mystérieuses destinées.
À ceux qui sont tentés de m’accuser d’exagération, de pessimisme, je poserai la question suivante. N’est-il pas vrai que les hommes d’État ont toutes les peines du monde à empêcher une autre grande guerre, et à refouler les flots de la révolution qui partout menacent d’envahir la terre ? Combien de temps réussiront-ils à préserver la société des maux et des malheurs qu’elle redoute avec raison ? Souhaitons que l’ère des épreuves et des souffrances ne soit pas aussi longue, et aussi néfaste qu’elle promet de l’être, et que l’humanité cherche le plus tôt possible son salut dans l’application des principes fondamentaux du christianisme.
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Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.