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Chapitre 7 Hommage à un Canadien-français

1923

Plusieurs Canadiens-français font honneur à leur nationalité en dehors de la province de Québec dans la politique, les professions libérales et le commerce. Ils jouissent de l’estime de leurs concitoyens d’origine anglo-saxonne et défendent avec énergie et talent les droits et les croyances religieuses et nationales de leurs compatriotes, au détriment souvent de leur intérêt personnel, en s’exposant à mécontenter le milieu où ils vivent et dont ils ont besoin. J’aurais aimé les signaler à la reconnaissance publique, mais je crains d’en oublier, et je tâcherai de m’acquitter de cette tâche plus tard, lorsque j’aurai tous les renseignements nécessaires. En attendant, je me contenterai de parler de celui dont la carrière professionnelle et politique jette le plus d’éclat sur le nom canadien. Pour avoir réussi à se frayer un chemin dans un centre essentiellement anglais et à briller au premier rang au Barreau, à la Chambre, au Sénat, il fallait beaucoup de talent et d’énergie, il fallait un travail ardu, un effort soutenu.

On croit généralement que M. l’abbé Groulx en a fait le vrai héros de son roman si discuté : « L’Appel de la race ». En tout cas, son Lantagnac ressemble sous plus d’un rapport à M. Belcourt. Seulement, il n’a pu échapper au danger qui menace tous ceux qui entreprennent de mettre en scène un personnage vivant, de mêler le roman à la vérité, d’imaginer des situations plus ou moins conformes aux faits, à la vérité. Toutefois, si M. Belcourt est vraiment le personnage visé sous le pseudonyme de Lantagnac, M. l’abbé Groulx rend un hommage bien mérité au talent et au zèle avec lesquels le sénateur Belcourt a plaidé depuis plusieurs années la cause de la langue française. À Toronto même, devant des auditoires plus ou moins prévenus, il a eu le courage de démontrer l’injustice de la loi concernant l’enseignement du français dans les écoles de la province d’Ontario, et il l’a fait avec une érudition, une franchise, une éloquence qui ont provoqué l’admiration de ses auditeurs. Ils n’ont pu s’empêcher d’applaudir ce Canadien-français faisant appel à leur esprit de justice, dans un langage impeccable. avec une force de raisonnement si convaincante, avec une documentation abondante.

Les propositions suivantes étaient le thème de ses deux conférences :

Le Canada est un pays bilingue et il doit l’être dans l’intérêt général du Canada ;

Toute législation qui proscrit l’usage ou l’enseignement du français est injuste, contraire à l’esprit des traités, à l’interprétation raisonnable de la Constitution, aux leçons de l’Histoire, funeste à l’harmonie des races, à l’unité nationale.

À l’appui de ses propositions il apporta de fortes autorités, les opinions d’hommes d’État éminents, des extraits de lettres, dont plusieurs étaient inédites, écrites par des anciens gouverneurs du Canada.

Exemples : deux lettres écrites par le gouverneur Haldimand, en 1780 et en 1793, dans lesquelles il disait que dans l’administration du pays il fallait plutôt tenir compte des sentiments et de la façon de penser des 60,000 Canadiens-français qui formaient le vrai peuple du pays, que des 2000 autres individus, dont la plupart étaient des commerçants et ne pouvaient pas réellement être considérés comme des résidents. Il fait l’éloge de l’Acte de Québec, qui, en rendant justice aux Canadiens-français, a empêché le Canada de devenir américain. Il suggère aussi de favoriser autant que possible l’établissement de colons canadiens-français sur la frontière, afin d’éviter le danger d’un contact trop intime entre gens parlant la même langue et professant la même religion.

Écoutons maintenant lord Dalhousie :

« La religion et la langue des Canadiens-français sont certainement le meilleur boulevard et le fondement le plus solide de leur loyauté et de leur fidélité à la Couronne. L’éducation de la population catholique devrait être libéralement encouragée. Une institution royale semblable à celle des protestants devrait être établie pour l’administration de leurs écoles et soumise à l’administration de leurs évêques. »

Lord Elgin écrivait à lord Grey, en 1848 :

« Vous ne réussirez jamais à angliciser les Canadiens-français… Et qui croira pouvoir affirmer que la dernière main qui agitera le drapeau anglais sur le continent américain ne sera pas celle d’un Canadien-français ? »

Évidemment, ce furent ces dernières paroles de lord Elgin qui inspirèrent sir Pascal-Étienne Taché lorsqu’il s’écria que le dernier coup de canon tiré en Canada pour la Couronne anglaise le serait par un Canadien-français.

Le docteur Ryerson, le fondateur du système d’éducation de la province d’Ontario, a plus d’une fois exprimé l’opinion que le français étant aussi bien que l’anglais le langage officiel du Canada : Il devait être enseigné dans les écoles de cette province.

Sir Oliver Mowat exprimait la même opinion et disait : « On ne gagnera rien à proscrire la langue française dans les écoles ».

Jusqu’au célèbre et infortuné lord Kitchener qui, peu de temps avant sa mort tragique, disait : « J’ai beaucoup entendu parler depuis quelque temps de la question bilingue au Canada. Les Canadiens-français savent ce qu’ils veulent et ils devraient l’obtenir… Ils veulent avoir leur langue maternelle dans n’importe quelle partie du pays ; donnez-la leur.. Plus vous leur donnerez, plus ils seront attachés aux institutions britanniques… »

Lord Dufferin, le plus remarquable de nos gouverneurs, a dit plus d’une fois que la diversité de races, de langue, de traditions, et la différence de mentalité étaient pour un pays un élément de progrès et de supériorité.

M. Belcourt donne des extraits intéressants des discours éloquents prononcés par sir John Macdonald et le grand avocat Edward Blake dans le célèbre débat de 1890, sur l’abolition de la langue française dans les territoires du Nord-Ouest.

Fort des opinions exprimées par ces hommes éminents, M. Belcourt affirme avec énergie que, dans l’intérêt même du Canada et de ses destinées, les Canadiens-français doivent conserver leur langue, leurs traditions, leur religion, tous les traits caractéristiques de leur race.

« Si, dit-il, ils étaient assez lâchespour renoncer à ce qui constitue la meilleure part de leur héritage national, ils mériteraient d’être méprisés par leurs concitoyens anglais, et ceux qui prêchent la proscription de la langue française font une œuvre funeste au pays, à ses intérêts les plus chers, à sa mission, contraire aux intentions des auteurs de notre constitution ».

Le président de la réunion dit, en proposant un vote de remerciements à M. Belcourt, qu’à une assemblée de la Société Historique de l’Université de Toronto, il avait été unanimement résolu qu’il était temps d’abroger le néfaste règlement 17. Plusieurs journaux de Toronto ne purent s’empêcher de constater le succès de M. Belcourt et l’effet considérable produit par son plaidoyer.

Lorsqu’on lit les deux conférences de M. Belcourt, on s’explique l’impression qu’elles ont dû produire sur les esprits ouverts à la vérité, capables de s’élever au-dessus des préjugés. Le raisonnement, la logique et le sentiment y forment une forte chaîne, un faisceau puissant. Le sénateur Belcourt a donc droit à la reconnaissance de ses compatriotes, qu’il a honorés en s’honorant lui-même.

Ils ont bien du mérite nos compatriotes qui, partout en Amérique, aux États-Unis comme au Canada, donnent l’exemple du patriotisme et de la fidélité à tout ce qui constitue notre héritage national, et se font un devoir d’apprendre à leurs concitoyens d’origines différentes l’histoire glorieuse de notre passé et les actions héroïques de nos ancêtres.

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