‹ Cœurs meurtrisChapitre 6 sur 6 · 06

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Le colonel Dorgeval s’était montré extrêmement surpris quand il avait entendu une voix lui dire au téléphone :

— Ici Louis Mareuil. Pouvez-vous me recevoir ?

Après quelques secondes d’hésitation il avait fixé un rendez-vous et le père de Lise y était allé, à la fois gêné et soulagé d’un poids dont il avait, par sa faute, porté pendant de trop longues années la lourde charge.

La rencontre de ces deux vieux amis fut d’abord empreinte de froideur. Le colonel Dorgeval, qui avait toujours ignoré les raisons de la rupture, ne pouvait pas oublier qu’elle avait été provoquée par Mareuil ni, surtout, que celui-ci avait provoqué par sa cruelle intransigeance le départ de Jean pour le Maroc.

— Je vous ai prié de me recevoir, dit Louis Mareuil, parce que j’avais une confession pénible à vous faire. Pouvez-vous m’entendre un assez long moment ?

— Je vous écoute, répondit le père de Jean.

Le récit se développa. Plus il avançait, et plus la voix de Mareuil prenait un ton pathétique. Elle se mouilla de larmes lorsque celui qui s’était montré si dur en arriva à parler de la maladie de Lise dont il était le grand responsable. Alors, le colonel Dorgeval s’émut à son tour et, oubliant tous ses propres ressentiments, il tendit une main frémissante à l’ami qu’il retrouvait.

— J’espère, dit-il, qu’il n’est pas trop tard et que le bonheur de nos enfants nous retrempera dans la douce atmosphère d’autrefois.

— Votre bonté m’émeut, prononça tout bas Louis Marceuil en tirant son mouchoir de sa poche.

Son émotion calmée il se leva et, tout près de prendre congé :

— Puis-je, demanda-t-il, annoncer à Lise que vous allez rappeler Jean ?

Alors le colonel Dorgeval lui tendit une main fraternelle et, d’une voix toute chaude d’affection :

— Si vous le permettez, répondit-il, c’est Geneviève et moi qui irons, après dîner, lui porter la bonne nouvelle.

Jean Dorgeval rentrait à Paris quinze jours plus tard.

FIN

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