II
Quelques heures plus tard, M. de Brunon, sa fille et Baudoin, enveloppés de couvertures, gisaient blottis dans la paille d’un hangar de ferme, pendant que de hautes et belles flammes se tordaient, harmonieusement, jaunes et rouges, au-dessus du bûcher prédit par Danielle. M. de Brunon pleurait, épouvanté par la magique réalisation de son rêve abominable; Baudoin, à demi-évanoui, haletait couché sur le dos, les doigts agités de gestes nerveux; Danielle, à genoux, paraissait en prière: ses longues mains blanches, où brillait une seule bague, s’étaient jointes et sa figure, illuminée par l’incendie, resplendissait comme surnaturelle.
Baudoin, presque en délire, proféra de vagues paroles; alors, elle accourut près de lui, et le baisant sur la bouche:
--Tais-toi, tais-toi, murmura-t-elle. Ta pensée m’appartient. Nous voilà unis par un ciment plus fort que l’amour.
--Le crime! dit Baudoin.
--Tais-toi, je t’aime.
Elle s’entoura le cou des bras dociles de Baudoin, qui, ses lèvres pressant les lèvres de Danielle, songeait obscurément:
--Je suis, pour jamais, l’esclave de cette femme.