CHAPITRE XVI
UNE TRISTE AVENTURE
En quittant l’île de la Reine-Charlotte, nous nous arrêtâmes à Quatseemo, au nord de l’île Vancouver, et nous y engageâmes un jeune indigène pour nous servir d’interprète le long de la côte.
Cet Indien, nommé Jack, nous fut très-utile et se montra d’une fidélité à toute épreuve.
Dans la journée, nous nous arrêtions parfois pour camper sur la côte, mais à la tombée de la nuit, nous gagnions le large, de crainte de quelque surprise des sauvages. Nous arrivâmes ainsi à un grand village situé sur le bord d’une petite rade naturelle, à quelques milles à l’ouest de la baie Esperanza. Nous y vendîmes ce qui nous restait de marchandises et nous songeâmes à regagner au plus tôt Victoria, dont nous n’étions plus qu’à quelques journées de navigation.
Ce jour-là le vent soufflait avec violence du nord-ouest, circonstance assez extraordinaire à cette époque de l’année (fin septembre), mais la baie était si complétement abritée par des collines boisées, qu’il nous était impossible de nous faire une idée de la force de la tempête qui agitait l’Océan. Ce ne fut qu’après avoir doublé une pointe de terre qui nous cachait la pleine mer, que nous nous en rendîmes compte. La marée était basse; il ne devait y avoir que peu d’eau au-dessus de la barre, et, à supposer qu’il y eût un chenal, nous ne le connaissions point, étant entrés à marée haute. De plus, le temps au dehors était si effroyable que, sans la crainte que nous inspirait le voisinage des Indiens, nous eussions été fort heureux de passer la nuit à l’ancre où nous nous trouvions.
Walton observait d’un œil vigilant ce qui se passait à terre, et il me signala deux ou trois fois l’agitation extraordinaire qui régnait parmi les sauvages. Un vieillard, qui, ainsi que notre guide nous en informa, était le chef, haranguait une foule d’hommes à l’entrée du village, et nous pouvions reconnaître à leurs gestes que nous étions l’objet de leur attention. Nous cherchâmes une explication naturelle à cette agitation dans le fait que nous étions les seuls blancs qu’ils eussent vus depuis longtemps, mais nous ne pouvions nous empêcher de nous dire que plus tôt nous nous éloignerions, mieux cela vaudrait.
[Illustration: Le chef haranguait la foule.]
Notre Indien Jack, consulté sur ce point, corrobora nos pressentiments en nous disant qu’une petite goëlette russe, de la force de la nôtre, ayant fait naufrage sur ce point de la côte, l’année précédente, cette tribu avait massacré l’équipage jusqu’au dernier homme. Jack nous suppliait de partir à l’instant même, si cela se pouvait. Son conseil était évidemment désintéressé, car un Indien, s’il peut l’éviter, se soucie médiocrement de s’aventurer sur une mer orageuse.
Le récit de notre interprète était loin de nous tranquilliser, mais c’eût été folie que de vouloir traverser en ce moment les brisants de la barre, et nous cherchâmes avec notre longue-vue un endroit de la baie où l’eau plus unie indiquât l’existence d’une passe. Il nous sembla apercevoir des indices de ce genre tout à fait à l’extrémité opposée de la baie; mais nous jugeâmes qu’il serait dangereux de diviser nos forces en envoyant quelques-uns d’entre nous en reconnaissance dans le petit canot que nous avions à bord. Nous nous résignâmes donc à surveiller les mouvements des Indiens tant que le jour nous le permettrait, et, la nuit venue, à redoubler de vigilance.
A la tombée du jour, une activité nouvelle se manifesta parmi les indigènes. Ils se mirent à tirer leurs canots à terre, à les nettoyer, à les débarrasser de tout ce qui les encombrait. Le pauvre Jack nous supplia de gagner la haute mer à tout hasard, car, bien sûr, les Indiens allaient nous attaquer dans leurs embarcations aussitôt que la nuit serait venue.
Vivement impressionné par ces préparatifs, je me décidai à aller avec Pat, dans notre petit canot, pour examiner de près la passe. Nous la trouvâmes si étroite et la mer était si agitée au dehors, qu’il était impossible de savoir s’il existait ou non des écueils à l’entrée de la passe. Somme toute, nous revînmes peu satisfaits de notre reconnaissance, mais avec la certitude qu’au pis aller il nous restait encore une chance de nous échapper.
De retour au navire, nous allâmes, Walton et moi, examiner nos armes et délibérer sur le choix d’un plan de défense, laissant Pat sur le pont surveiller les mouvements des indigènes.
Tout d’abord Jemmy, notre vieux matelot, fut chargé de couper dans les bordages quelques embrasures de cinq à six pouces carrés. Les Indiens n’ayant pour toutes armes que des arcs, des flèches et des épieux de bois durci, nous pensions que nos légers bordages suffiraient à nous protéger jusqu’au moment où l’ennemi parviendrait à nous aborder.
Nous avions deux ou trois fusils que nous chargeâmes avec des balles et des lingots, et quatre bons revolvers de Colt. Jack devait avoir soin des armes pendant le combat, mais, ne l’ayant pas encore mis à l’épreuve, nous avions des doutes sur lui. Nous le fîmes venir dans la cabine. Sa pâleur et son air effrayé ne nous disaient rien de bon. Mais il avait sans doute le courage du désespoir, car il déclara sans ambages que, la tribu à laquelle nous avions affaire étant ennemie de la sienne, il serait tué s’il était pris et que, par conséquent, il combattrait, s’il y avait lieu, jusqu’à la dernière goutte de son sang.
Il nous restait encore comme dernière ressource de nous retirer dans notre petite cabine, dans le cas où les sauvages parviendraient à se rendre maîtres du pont, et de nous y défendre encore vigoureusement. Nous avions aussi quelques feux de Bengale qui pouvaient nous servir à effrayer nos ennemis s’ils escaladaient nos bordages.
Pendant que nous délibérions encore, nous entendîmes Pat s’écrier:
«Les voilà! Ils arrivent en force!»
Après avoir jeté un dernier coup d’œil sur nos préparatifs, passé nos revolvers à notre ceinture, et rangé les fusils près de l’écoutille, nous montâmes sur le pont. L’obscurité déjà croissante permettait à peine de distinguer à environ un demi-mille de nous un assez grand nombre de canots qui venaient de quitter le rivage.
Lorsque les premiers canots furent arrivés à une distance d’environ deux ou trois cents mètres, nous ordonnâmes à notre Indien de leur demander ce qu’ils voulaient. N’obtenant aucune réponse, il leur déclara de notre part que, s’ils avançaient, nous ferions feu sur eux. Cette menace ne produisit aucun effet.
Pat, qui était un tireur de première force, demanda alors à Walton la permission de tirer sur eux; posant son revolver sur le bordage, il visa soigneusement et fit feu. Un des Indiens tomba en poussant un cri; mais il n’était sans doute blessé que légèrement, car il se releva aussitôt et nous menaça en brandissant son javelot. Cependant les deux canots, qui étaient en avant, s’arrêtèrent et attendirent les autres pour délibérer. Jack essaya de nouveau de leur parler; mais ils criaient et gesticulaient tous à la fois, et il ne put se faire entendre.
Nous avions devant nous cent cinquante à deux cents hommes montés sur une vingtaine de canots. A ce moment-là ils n’étaient guère à plus de cent mètres de nous. Ils hésitèrent un instant, mais ils ne se rendaient point compte de l’effet des armes à feu, et, bien que déconcertés par leur premier échec, l’impression n’était évidemment pas assez forte pour les arrêter. Ils savaient, étant venus à notre bord, que nous n’étions que cinq, y compris Jack, et ils se fiaient à la supériorité de leur nombre. Ils tenaient évidemment conseil avant de recommencer l’attaque, car tous les canots étaient réunis, et deux ou trois d’entre eux haranguaient le reste à tour de rôle.
Profitant de ce moment de répit, Walton envoya Jemmy, Pat et Jack lever l’ancre, pour nous éviter de couper le câble, pendant que, de mon côté, je coupais l’amarre d’une ancre plus petite qui tenait notre poupe immobile. En deux ou trois minutes, nos voiles furent déployées et nous nous dirigeâmes lentement vers la passe que nous avions été reconnaître quelques heures auparavant.
Aussitôt qu’ils s’aperçurent que nous nous en allions, ils firent force de rames vers la passe, et, comme ils marchaient très-vite, ils nous eurent bientôt dépassés, et se placèrent de façon à nous barrer le passage.
Walton et moi étions à la barre du gouvernail, cherchant ce que nous pourrions bien faire pour nous tirer de là avec aussi peu d’effusion de sang que possible, quand deux ou trois flèches sifflèrent au-dessus de nos têtes. Il n’y avait pas à s’y méprendre: ce qu’ils voulaient, c’était nous piller et nous assassiner par-dessus le marché.
«Il va faire chaud ici tout à l’heure, dis-je en me baissant derrière le bordage; mais tiens-toi dans l’écoutille, Walton, et veille au gouvernail.»
Walton suivit mon conseil.
«Maintenant, me dit-il, fais de ton mieux. Moi je tiendrai la barre tant qu’il nous restera une chance de leur échapper. De temps à autre je tâcherai bien de leur envoyer quelques dragées.»
Je me plaçai avec Pat aux embrasures de tribord, et Jemmy et l’Indien se tinrent à celles de bâbord.
«Attention au commandement! dis-je; Jemmy et moi, nous tirerons d’abord nos six coups, et nous rechargerons pendant que Pat fera feu de son revolver et Jack de son fusil. En joue! feu!»
Je commençai en visant de mon mieux au milieu du groupe le plus compacte, car la nuit était tout à fait venue et ne permettait de distinguer que confusément les formes. J’entendis les coups de Jemmy suivre chacun des miens, et bientôt des cris et des gémissements qui me firent passer un frisson dans les veines nous donnèrent l’assurance que la plupart de nos balles avaient porté. De nombreuses flèches volèrent à travers nos agrès ou se piquèrent dans nos voiles, mais ne purent nous atteindre, à couvert comme nous l’étions.
Bientôt nous entendîmes dans toutes les directions le bruit des rames, et nous vîmes que l’ennemi s’enfuyait. Pendant que nous nous dépêchions de recharger nos armes, Pat continuait à tirer, quand tout à coup nous entendîmes un bruit épouvantable, comme si le navire venait de sauter: c’était l’un des fusils de Jack qui avait éclaté, sans faire d’autre mal heureusement que de briser en éclats une planche du bordage et de causer une terrible peur au pauvre Jack. Les sauvages se réunirent et allèrent tenir conseil à environ un quart de mille sur notre chemin.
Cela nous donnait le temps de réfléchir. Que faire? la nuit était si noire que c’était folie de s’exposer, à moins d’y être absolument forcé, au danger de franchir la passe. Il était plus que probable que, dans le cas où nous échouerions, nous serions brisés contre les rochers par l’épouvantable houle qui roulait à l’extérieur de la baie. Nous résolûmes donc de rester, jusqu’à nouvel ordre, où nous étions, espérant que les sauvages profiteraient de la leçon qu’ils venaient de recevoir et se retireraient.
Notre surexcitation avait été si grande pendant la demi-heure qui venait de s’écouler, que nous n’avions pas même eu le temps d’avoir peur; mais quand nous pûmes respirer, je sentis une sueur froide me couler le long du dos, et, courant à la cabine pour y prendre la bouteille de whiskey, je m’aperçus qu’elle n’y était plus.
Ce fut pour moi un trait de lumière; quelqu’un de ces pillards avait dû, pendant le jour, se glisser, à notre insu, dans la cabine et s’emparer de cette malheureuse bouteille; cela avait suffi pour que deux ou trois d’entre eux s’enivrassent, et leur vue avait dû enflammer le reste du fol espoir d’atteindre le même état de béatitude. Je tirai vite une autre bouteille de whiskey de notre soute aux provisions, et nous en prîmes chacun une bonne gorgée.
Nous savions à quoi s’exposeraient les Indiens pour obtenir de l’_eau de feu_, et la découverte que je venais de faire nous remplit de nouvelles inquiétudes; il était évident qu’ils ne se tiendraient pas pour battus, et qu’après avoir compté leurs pertes et respiré un instant, ils reviendraient à l’attaque.
En effet, nous entendîmes bientôt de nouveau le bruit des pagayes. Cette fois, nous les laissâmes approcher, et quand ils furent à portée, nous déchargeâmes nos armes dans le tas aussi rapidement que possible. Plusieurs durent être blessés et quelques-uns tués, car de tous côtés s’élevèrent des gémissements, et le bruit de corps tombant dans l’eau parvint jusqu’à nous.
«Il faut en courir la chance et tâcher de sortir d’ici, Dick, me dit Walton. Si les Indiens persistent dans leur projet, nous ne pourrons résister plus longtemps; gagner la mer est donc notre seule chance de salut.»
Tout à coup, un bruit de rames nous fit retourner et nous n’eûmes que le temps de baisser la tête pour éviter trois ou quatre flèches et un lourd javelot, qui s’enfonça en vibrant dans notre bordage.
Au même instant nous arrivait le bruit d’une lutte sur l’avant du navire; c’étaient les sauvages qui essayaient de nous aborder. Je me précipitai dans l’entre pont pour y prendre quelques feux de Bengale; en allumant un, je courus à la proue, où j’arrivai à temps pour voir Jemmy aux prises avec deux ou trois Indiens qui essayaient de monter en s’accrochant aux chaînes du navire.
[Illustration: Jemmy aux prises avec deux Indiens.]
Je venais de mettre en place le feu de Bengale, lorsque j’entendis un coup violent frappé derrière moi, et, me relevant précipitamment, je vis Pat tenant encore la hache levée au-dessus du cadavre d’un Indien qui roulait à ses pieds.
«Vous l’avez échappé belle, me dit-il; ce maudit gredin s’était glissé sur le bordage et allait vous frapper par derrière de son javelot, quand je lui ai fait son affaire.»
La lumière soudaine du feu de Bengale paralysa nos adversaires et nous donna un instant de répit qui nous permit de recharger nos armes et de faire un affreux carnage parmi nos ennemis. La lueur qui se projetait au loin nous montrait à une très-petite distance de nous l’entrée de la passe. Nous mîmes aussitôt toutes voiles dehors pour forcer le passage, et, pour éclairer notre route, nous allumâmes quelques autres feux de Bengale, à la grande stupéfaction des sauvages, qui poussaient des hurlements de surprise et de rage en voyant que malgré tous leurs efforts nous allions leur échapper.
Cependant quelques-uns des plus téméraires continuaient à nous lancer des flèches. Nous étions presque hors de la baie et nous nous préparions à replier nos voiles pour faire face à la tempête, lorsque le pauvre Walton, poussant un grand cri, tomba mort, le cœur percé d’une flèche égarée.
La barre du gouvernail se mit à osciller et faillit me renverser lorsque j’accourus. Avant que j’eusse pu m’en emparer, un bruit horrible se fit entendre; nous touchions, et les vagues, dont l’écume eut en un instant éteint nos lumières, déferlaient sur nous. Mes compagnons accoururent, mais ce ne fut que pour voir combien notre désastre était complet.
Cher et brave Walton! les effroyables dangers qui nous entouraient ne purent m’empêcher de donner libre carrière à mon émotion depuis si longtemps comprimée. Je ne pouvais en ce moment penser qu’à lui, à lui qui, pendant toute cette affaire, était resté si bravement à son poste. Penché sur son cadavre, je pleurais comme un enfant, en pensant à sa mère, à ses sœurs, dont il m’avait si souvent parlé près du feu de notre petite cabine, et le cœur me manquait lorsque je me demandais comment je m’y prendrais pour leur annoncer cette affreuse nouvelle.
Cette pensée me rappela à l’horrible réalité. N’étions-nous pas perdus, perdus sans retour?
Notre situation était désespérée. Ce n’est pas que nous eussions pour le moment rien à craindre des Indiens, qui n’oseraient pas s’aventurer jusqu’ici avant le jour; mais d’ici là notre petit navire serait brisé en mille morceaux sur les écueils.
«Eh bien, capitaine, me dit Jemmy (je vous appelle capitaine, maintenant que le pauvre monsieur Walton est mort), je ne vois pas que nous puissions faire autre chose que de rester où nous sommes jusqu’à ce que la tempête se calme; si le vent tournait un peu et soufflait de terre, nous pourrions nous mettre dans le petit canot et nous en aller en côtoyant le bord.»
Le bruit des flots qui battaient furieusement les flancs de notre navire nous empêchait presque de nous entendre.
«Croyez-vous, lui criai-je, qu’avec le vent qu’il fait nous puissions passer la nuit entière sans être mis en pièces?
--Ce serait bien possible, car le navire est solide; mais nous aurons de nouveau les sauvages à nos trousses. Nous n’avons qu’une chose à faire, c’est de partir aussitôt que nous aurons la moindre chance de le faire. J’ai bien peur cependant que ce pauvre petit canot ne tienne pas la mer une minute.»
Le canot, abrité par le navire, flottait sous le vent, dansant comme un bouchon sur les vagues. Nous parvînmes, non sans peine, à réunir quelques provisions (biscuits, eau-de-vie, etc.) et des couvertures que nous nous tînmes prêts à jeter dans le canot; nous trouvâmes aussi quelques avirons de rechange, et je serrai précieusement dans ma ceinture quelques allumettes chimiques enveloppées dans un morceau de toile cirée. Alors chacun de nous mit dans sa ceinture ce qu’il avait de plus précieux, ceignit son revolver et attendit le moment favorable pour se confier à la légère et frêle embarcation.
Au bout d’une heure, le vent, comme Jemmy l’avait espéré, se calma un peu, puis recommença à souffler, mais du rivage. Nous cessâmes d’être secoués violemment sur l’écueil, et je conçus même l’espoir de sauver le navire quand la marée serait tout à fait haute, car la coque ne semblait pas fort endommagée et nous n’avions pas plus d’un pied d’eau dans la cale.
Ayant trouvé un de nos feux de Bengale, je l’allumai pour me rendre compte aussi bien que possible de notre position, et je vis alors qu’il n’y avait absolument aucun espoir de sauver le navire. Nous avions été poussés très-loin du chenal, au milieu de brisants, et il eût fallu un remorqueur pour nous en tirer. Les Indiens avaient complétement disparu.
La mer s’étant un peu calmée, nous plaçâmes dans la chaloupe le corps du pauvre Walton, ainsi que quelques objets de première nécessité, et nous nous embarquâmes. Une fois hors du chenal, nous pûmes doubler un cap, derrière lequel la mer se trouvait relativement calme. La tempête s’était apaisée, de sorte que nous pûmes gagner la haute mer et faire au pauvre Walton les funérailles du marin.
Au bout de huit ou dix jours, nous arrivâmes à Victoria, épuisés de fatigue, n’ayant que la plus triste des histoires à raconter, et la perspective d’un long hiver à passer non dans la misère, car nous avions eu soin de faire assurer notre schooner, mais avec la désolante pensée qu’avec notre navire nous avions perdu la petite fortune que nous avions si péniblement gagnée.
L’hiver se passa sans incident remarquable. Pat et moi, désormais inséparables, le passâmes ensemble, et dès le retour du printemps nous résolûmes de tenter une dernière fois la fortune aux mines, nous promettant que ce serait notre dernier effort, et que si le sort nous était encore défavorable, nous quitterions le pays.