XCVI
Londres, 26 novembre 1821.
Un homme fort raisonnable, et qui est arrivé hier de Madras, me dit en deux heures de conversation ce que je réduis aux vingt lignes suivantes:
«Ce _sombre_, qu'une cause inconnue fait peser sur le caractère anglais, pénètre si avant dans les coeurs, qu'au bout du monde, à Madras, quand un Anglais peut obtenir quelques jours de vacance, il quitte bien vite la riche et florissante Madras pour venir se dérider dans la petite ville française de Pondichéry, qui, sans richesses et presque sans commerce, fleurit sous l'administration paternelle de M. Dupuy. A Madras on boit du vin de Bourgogne à trente-six francs la bouteille; la pauvreté des Français de Pondichéry fait que, dans les sociétés les plus distinguées, les rafraîchissements consistent en grands verres d'eau. Mais on y rit.»
Maintenant il y a plus de liberté en Angleterre qu'en Prusse. Le climat est le même que celui de Koenigsberg, de Berlin, de Varsovie, villes qui sont loin de marquer par leur tristesse. Les classes ouvrières y ont moins de sécurité et y boivent tout aussi peu de vin qu'en Angleterre; elles sont beaucoup plus mal vêtues.
Les aristocraties de Venise et de Vienne ne sont pas tristes.
Je ne vois qu'une différence: dans les pays gais, on lit peu la Bible et il y a de la galanterie. Je demande pardon de revenir souvent sur une démonstration dont je doute. Je supprime vingt faits dans le sens du précédent.